Cet homme de 96 ans a bonne mine. La marche est son crédo. Lors de la pandémie il a mal vécu le fait d’être enfermé. Sa fille Raymonde décidait de l’accueillir chez-elle. Ce qui le sauvait.
Je vais souvent au cimetière pour me recueillir sur la tombe de ma femme et de mes deux garçons; l’un est mort subitement, l’autre de maladie, mais c’est la vie. Ils ont « flyé » mais, il me reste cinq belles filles. D’ailleurs on ne sait pas ce qui se passera demain; quand ce sera le temps pour moi de flyer, on flyera…Vous savez, être vieux comme moi ça veut dire voir partir beaucoup de mes amis. Mais c’est ainsi.
J’ai beaucoup travaillé dans ma vie. J’étais agriculteur, j’ai commencé très pauvre mais on s’en est bien sorti. Je suis content de ce que j’ai fait. J’ai été dans l’élevage du porc pendant une quarantaine d’années. Ma fille venait m’aider à la porcherie, couper les dents et les queues des petits, donner des piqûres de fer aux bébés. Pendant 40 ans. On a une belle famille. Je sais que je suis privilégié.
Quand ma femme est morte je me suis retrouvé dans une résidence, j’y étais bien. Je sortais tous les jours, puis la Covid est arrivée et je n’ai pas pu tolérer d’être enfermé. Je me suis dit, ça va faire le serrage de vis, alors j’ai sacré mon camp, j’ai fait une folie. Ma fille Raymonde est venue me chercher. Aujourd’hui je suis très bien avec elle. Et puis je donne des petits plaisirs. Toutes les semaines je me rends à l’Accueil Saint-Roch jouer de l’accordéon pour les résidents. Je marche beaucoup dans le bois et dans le village. J’adore me balader et je le ferai aussi longtemps que mon corps me le permettra.

