Il n’est pas question que je m’associe de près ou de loin à cette tendance lourde de mettre les vieux à l’écart.

PHOTO : Jacques NADEAU

Linda a récemment pris des cours de saxophone. Elle faisait partie d’une chorale. Elle a stoppé cette activité pour aller vivre à l’extérieur du Québec. De nature posée mais déterminée, elle n’hésitera à se prononcer sur l’état de la situation des personnes âgées au Québec. Ses propos sont catégoriques, pour Linda, ce qu’on nomme des ‘milieux de vie’ sont des mouroirs.

Je viens d’une famille dysfonctionnelle et je me suis toujours dit que rien ni personne ne pourrait m’empêcher de vivre ma vie comme je le voulais. J’ai composé avec ça en élevant trois enfants. Je me suis détachée de ce passé, j’ai opté pour la joie, la bonne humeur et le mouvement. C’est pour cette raison que je refuse d’aller vivre en résidence pour personnes âgées, parce il n’y a rien dans ces endroits-là qui fait penser à la vie : on organise tout, l’heure du coucher, l’heure des pilules et entre cela on t’offre des ‘activités’ qui incluent majoritairement regarder une télévision qu’on entend mal, avec des images dedans qui ne veulent plus rien dire.

Nous aurions intérêt à passer par les arts pour aider ces personnes qui ont fait le choix d’habiter ces résidences. Une personne à mobilité réduite pourrait s’y adonner, celles avec des problèmes cognitifs aussi et pourquoi pas : étaler des crayons de couleurs sur le plancher et les faire atterrir sur du papier c’est formidable!

Pouvez-vous me dire ce qui est si compliqué et si coûteux que d’avoir un animateur ou deux même, qui supervisent ces ateliers où la notion de liberté est au centre de tout ? Et on sait que l’introduction des arts fonctionne, on le voit avec les enfants. Ces initiatives tiennent l’esprit éveillé. Peut-être qu’on ne veut pas ça justement, qu’on préfère tenir ces résidents bien tranquilles, au nom de la sécurité, alors qu’en réalité on ne fait que de les enfermer dans une solitude qui tue.

Les budgets alloués aux ainés devraient nous aider à maintenir cette autonomie, pas à construire des édifices où de toutes les façons on aura du mal à trouver du personnel pour prendre soin de nous. En tous les cas, pour moi il n’est pas question que je m’associe de près ou de loin à cette tendance lourde de mettre les vieux à l’écart. Mieux vaut mourir.