Monique s’apprêtait à faire une grande randonnée en moto de Granby au Yukon quand nous l’avons rencontrée en juin 2022. Femme d’action devenue mentore, elle a compris que beaucoup du bonheur quotidien passe par la transmission de ce que tu as appris.
Vieillesse veut dire qu’il faut que je reste en forme. Je suis à ma retraite depuis octobre 2021, mais je demeure dans l’action peu importe où je suis. L’hiver passé j’étais en Floride, je me suis mise à faire du yoga, du fitness et j’ai fait participé une dizaine de personnes résidant au camping où nous étions installés. Mon père a souffert de la maladie d’Alzheimer; il avait été placé dans une résidence et je l’ai vu en perdre un peu plus chaque jour. Disons que si cela m’arrive, je voudrai mourir comme Marina Orsini dans « Une autre histoire » (rires). Alors je me garde dans l’action.
Regrets, moments marquants
Je ne crois pas entretenir beaucoup de regrets, j’ai vécu une épreuve particulièrement difficile sur le plan personnel et j’ai eu un moment marquant qui s’est avéré être bénéfique au niveau professionnel.
Je me suis mariée à sept jours de mes 18 ans avec un homme que j’ai aimé une grande partie de ma vie. Après 40 ans de vie commune, il décidait de me quitter. C’était surprenant pour moi et pour tout mon entourage, ce qui fait qu’entre les années 2018 et 2020 j’ai vécu une période difficile. Nonobstant cette épreuve, je peux dire que j’ai eu une belle vie. Maintenant avec mon nouveau copain, nous sommes heureux. On se voit tous les jours, mais on habite pas ensemble à part le temps où nous sommes en Floride.
J’ai eu la chance d’être choisie par mon père pour faire partie de l’entreprise. Nous étions 6 enfants, 3 gars et 3 filles. Mon père avait cette notion très ancrée chez les hommes de l’époque, que la place de la femme était à la maison. J’occupais déjà un poste administratif au sein de son entreprise; comme j’étais déjà sur place, il a tout bonnement pensé m’impliquer, avec mes frères, afin d’assurer la relève. Ce fut ma « chance » ! L’entreprise comptait alors 12 employés; quand j’ai quitté il y a 15 ans, nous avions 70 employés on faisait un beau chiffre d’affaires. Ce parcours m’a amenée à faire du mentorat. J’ai été chef mentor au Carrefour Jeunesse à Joliette, puis ai siégé sur des conseils d’administration, celui du Regroupement des chefs d’entreprises et du Fonds régional de la FTQ. J’ai aussi été présidente du conseil d’administration de la Maison Horeb, à St Jacques, qui était à l’époque un lieu de ressourcement spirituel.
Vieillir c’est aussi la joie de pouvoir transmettre
J’aime bien être mentor, aider des jeunes à mettre leur entreprise sur pied. Le fait de pouvoir transmettre une telle expérience en milieu de travail, contribue également à changer la perception qu’on a des gens en affaires. La perception des gens quand tu es entrepreneur est que tu as tous les droits, ce qui est faux. Même si on est chef ou actionnaire d’une entreprise, on a des comptes à rendre; c’est la banque qui est notre patron, on doit répondre aux exigences des clients, aux demandes d’employés. Le mentorat est une opportunité d’exposer ces points et d’y intéresser des jeunes qui auront éventuellement à faire face à ces problématiques.
Perception de la vieillesse
Dans le milieu du travail, la perception des employés plus âgés est assez bonne. Une personne âgée est à l’heure, elle est assidue, elle possède des connaissances, donc est une bonne ressource. Mais avec l’âge tu peux être aussi vue comme une menace, tu deviens la ‘vieille’ qui sait tout…Cela n’est pas le cas quand tu entreprends une nouvelle carrière à la retraite, tu n’es plus une ‘menace’ car la plupart des gens qui ont eu des responsabilités lors de leur carrière n’en veulent plus alors.
Cela fera 15 ans que j’ai quitté l’entreprise familiale et depuis, j’ai fait toutes sortes de choses : du remplacement de congé de maternité, de maladie…Avec tout ça j’ai fini par retourner sur le marché du travail. J’adore la paperasse, mais je ne voulais pas de responsabilité de gestion. Travaillant avec une équipe de gens plus jeunes, ce sont eux qui prennent en charge et toi tu deviens plus une conseillère, ce qui est valorisant. Je pense avoir une bonne relation avec les jeunes. C’est une question d’attitude. J’ai appris lors de mon parcours d’entrepreneur que ce n’est pas important d’être valorisée parce que tu as amené une idée au groupe. L’essentiel est que ça soit fait. C’est un échange, un partage. Si eux prennent une partie de tes idées et avancent avec, tant mieux.
Milieux de vie
Il existe une différence fondamentale entre notre génération et celle de nos parents, où personne de l’extérieur ne venait toucher à tes affaires…. Je ne veux pas ça. J’ai d’autres intérêts et si je peux déléguer des travaux d’entretien et autres, tant mieux. Habité un RPA peut être agréable dans ce sens.
Vieillir chez-soi certes, mais il ne faut pas que cela soit une corvée et puis tes besoins sont moins nombreux, ou compliqués. Pendant 28 ans j’avais une belle maison, un grand terrain mais du moment que je me suis séparée, je n’avais plus besoin de tout ça. J’ai acheté un bloc et j’habite un appartement.
Si ma mère avait été vivante, mon père aurait pu continuer de vivre avec elle et ils auraient pu avoir encore quelques belles années. Parce qu’il était seul, il a été placé dans un RPA, mais comme il a commencé à faire de l’Alzheimer il a dû être transféré en CHSLD. On allait le chercher régulièrement. Il avait toujours quelqu’un de la famille qui allait le voir. On l’amenait au restaurant. La pandémie est arrivée et ils ont été enfermés dans leurs chambres sans comprendre ce qui se passait. On l’appelait, tentant de lui expliquer, mais comme il était malentendant, il ne comprenait rien. Il est décédé entre les deux périodes de couvre-feu ordonnées par le gouvernement. Je ne peux même pas imaginer l’angoisse qu’il a vécu. En revanche, la famille de ma mère habite dans un RPA à Joliette. Ils semblent heureux. Tant que tu participes à quelque chose, y’a de l’espoir.
L’aide à mourir
Oui, je suis pour et à 100 miles à l’heure. J’ai vécu l’expérience avec un oncle qui a choisi de partir comme il le voulait; il a eu une belle cérémonie d’adieu à laquelle nous avons eu le privilège de participer. Ce fut magnifique.

