Aujourd’hui, je dis aux personnes de 70 ans et plus : restez chez-vous tant que vous pouvez et allez chercher des services.

PHOTO : Pierrette MADON

Pierrette MADON est une personne foncièrement bonne et, allumée ! Son parcours de vie est teinté de cette volonté débordante à toujours vouloir aller vers l’autre. Directrice d’école, enseignante, elle a terminé sa carrière dans l’enseignement comme orienteuse, aidant les jeunes à trouver leur voie…Au sortir de la retraite à l’âge de 70 ans, elle est devenue enseignante suppléante dans diverses écoles primaires de la Commission scolaire des Samares et ce jusqu’à 79 ans; elle a aussi trouvé le temps pour être commissaire d’école et conseillère municipale. Aujourd’hui jeune octogénaire, Pierrette Madon n’a pas ralenti la cadence et continue à être impliquée au sein de sa communauté.

Vieillir c’est quoi ?

Vieillir c’est apprendre à faire le deuil de notre apparence physique, intégrer le fait que des facultés cognitives diminuent et accepter notre lenteur. Bien sûr j’ai des faiblesses, j’ai eu deux cancers et prends des médicaments, j’éprouve parfois des pertes de mémoire, un certain manque de concentration. Depuis trois ans je vis des changements émotionnels et je trouve cela difficile. Nos enfants sont loin, un à Québec l’autre à Mont-Laurier. Malgré cela je me décrirais comme une femme positive, surtout réaliste car la vieillesse n’est pas une option, elle est incontournable.

On a l’âge que la société ou les gens nous donnent en nous voyant, parce que nous, on ne se voit pas vraiment. Le mieux est de tenter de rester lucide. Chose certaine la vieillesse ne commence pas à 50 ans, je dirais que c’est pas mal plus tard, une fois passé 75 ans et puis il y une différence entre 70 et 80 ans aussi.

Bref, la vieillesse nous arrive peu à peu et elle est nuancée. Ce que je demande est de vivre dans la résilience et la confiance.

Comment et où vivre pour être bien en vieillissant

Comme présidente du comité des usagers du Nord de Lanaudière, j’ai eu à visiter les CHSLD de la région. Cela m’a ouvert les yeux sur le sort qui m’attendait peut-être. Disons que pour moi, ce genre d’endroit reste à éviter à tout prix.

L’industrie des résidences privées est en pleine expansion et des groupes immobiliers se battent pour la première place en faisant miroiter des avantages tous plus extraordinaires les uns que les autres. Mais cela a un prix. Nous avons emménagé en résidence il y a deux ans, pensant que c’était mieux. Les craintes sont survenues rapidement compte tenu de l’absence des soins et du prix exagéré qui ne fait qu’augmenter, année après année. S’il arrivait quelque chose à mon mari, je ne pourrai pas tenir seule. C’est le cas pour beaucoup d’ainés; j’en connais qui à l’heure actuelle font face à des défis financiers énormes, juste pour pouvoir habiter dans un RPA privé.

Aujourd’hui, je dis aux personnes de 70 ans et plus : restez chez-vous tant que vous pouvez et allez chercher des services. Vous avez droit à des aides gouvernementales, pour l’entretien ménager, de menus travaux, le déneigement, les repas…Il faut également savoir que dans les résidences privées pour retraités ou dans les RPA1, les soins sont donnés par le CLSC au même titre que pour toute personne de 70 ans et plus qui vit chez elle.

Dans notre résidence, il y a des préposés du CLSC qui viennent tous les soirs coucher un couple et le lever lendemain matin. Ce sont des coûts défrayés par l’ensemble de la collectivité québécoise. Quant à l’accès à des activités, les RPA n’ont pas l’apanage du loisir, loin de là.  Les municipalités et bons nombres d’organismes offrent une panoplie d’activités culturelles, sociales et sportives, il suffit de se donner un peu la peine et on trouve son compte.

Sincèrement j’ai longtemps souhaité un mode d’habitation intergénérationnel, sécuritaire parce que les enfants sont proches et agréable à vivre grâce à la proximité avec des proches. Demeurer à domicile est aussi une avenue intéressante.

L’avenir se situe peut-être entre les deux : des regroupements de personnes vieillissantes voulant garder leur autonomie tout en partageant leurs intérêts avec d’autres. Des petites maisons ou des unités abordables construites sur un terrain non loin des centres mais près de la nature, avec des aires communes, pas des tours de ‘vieux’ !

Regard dans le rétroviseur, moments marquants, regrets ?

Quand je regarde dans le rétroviseur de ma vie, il y a la grâce d’hier et celle de demain. On a eu des joies, des moments heureux mais aujourd’hui c’est différent, il faut construire notre bonheur au quotidien. Un des secrets est d’éviter de sombrer dans la mélancolie et surtout, continuer à penser qu’on peut faire une différence. Transmettre notre savoir à d’autres générations est quelque chose qui me tient également à cœur. Enfin je peux dire qu’après 61 ans de mariage, je suis dans la gratitude. Cela est un baume sur nos petites plaies Quant aux regrets, je n’en ai pas, seulement des craintes pour l’avenir.

Perception par la société, les gouvernements, la jeunesse, nos proches…

La société en général ne se soucie pas des personnes âgées, à moins que ce soit payant, comme le bénévolat…du personnel pas cher. Les institutions ne s’adressent pas aux ainés pour les bonnes raisons. La reconnaissance des bâtisseurs de la société n’est pas là non plus, on ne la sent pas. C’est grave.

Les jeunes sont conscients que nous existons, mais n’ont pas le réflexe de créer des occasions de vivre ensemble avec les ainés. Quant à nos familles, il existe un déni de la vieillesse. Pour ma part j’ai beau expliquer à mes sœurs que leur ‘grande sœur’ n’est plus comme elle était. Elles ne veulent pas m’écouter. C’est la même chose de la part des enfants. Quant au gouvernement, il n’est pas connecté avec ce que nous voulons vraiment, en tous les cas il y a un gros chantier qui l’attend.

Que ce soit le modèle CHSLD, celui du RI ou RPA, l’ensemble a besoin d’être revu.  Ce qui aiderait peut-être serait que les décideurs soient davantage sensibilisés à la réalité des ainés et aussi, que nous soyons mieux conseiller avant de faire un choix quant à notre lieu d’habitation. La perception serait améliorée si les plus jeunes pouvaient vivre des expériences immersives en milieux de vie avec des personnes âgées; en tous les cs cela aiderait à mieux faire comprendre nos besoins !

Les instances en place n’ont pas tout faux non plus, disons plutôt que c’est dans l’application que ça se gâte. Par exemple, je n’ai rien contre l’idée des Maisons des ainées, mais je ne suis loin d’être convaincue de leur modèle de financement et avec la pénurie d’emploi qui perdure, je me pose la question à savoir comment ces endroits vont maintenir le cap! Il y a sûrement autre chose à faire que d’investir des milliards dans du béton, comme d’investir dans les CLSC et les soins à domicile.

Le problème est que les ainés ne sont pas consultés ou écoutés. On pense que nous ne sommes plus capables de réfléchir ou même, d’avoir du jugement, alors on décide pour nous. Ça donne des ‘milieux de vie’ comme on en trouve au Québec.

Est-ce qu’un vieux a encore sa place dans la société québécoise ?

On dérange. On dirait qu’on ne sait plus quoi faire avec les personnes âgées, c’est lourd et ça coûte cher. S’ajoute la maltraitance, des personnes qui subissent des stress psychologiques, certaines qui sont plus vulnérables que d’autres… Mais peu importe notre condition, soyons clairs, nous ne sommes pas dans une salle à attendre la mort, nous voulons vivre jusqu’à notre dernier souffle.

Il faut un projet de société où les personnes âgées ont le droit de paroles et que cette parole soit reçue et entendue. Âge VITAL est un projet qu’il faut répété parce que pour une fois, on porte réellement attention à nos propos.

[1] Résidences pour personnes âgées