Ce qui est une grave erreur politique est de mettre les gens dans des mouroirs.

PHOTO : Jacques NADEAU

Claire TELLIER a 75 ans et un cœur d’enfant. Épanouie, lumineuse, elle invite au bonheur, celui qu’elle aime partager aujourd’hui avec les membres de sa famille, un élément essentiel pour elle contribuant à une vieillesse plus clémente.

La vieillesse selon Claire

Je crois que la vieillesse, si tu as la santé, si tu as la forme et un bon moral, ça passe bien. J’ai toujours été active physiquement; l’entretien de la maison, couper du bois…il y a toujours de gros travaux à faire. J’adore les enfants et je suis souvent entourée de personnes qui ont des enfants. J’ai un grand garçon qui est papa de deux jeunes hommes, charmants, bien éduqués, vivants, sportifs. On se voit 1 à 2 fois par semaine. Ça nourrit et tout cela aide à vieillir.

La vieillesse c’est un peu tout ça et je lance le message dans l’univers de me donner la force, le courage et l’amour pour continuer ainsi. Si j’ai ça, je peux vivre longtemps. Ce qui me fait peur est l’événement que l’on attend pas mais qui peut arriver, tomber et me blesser et que cela soit ardu pour remonter la côte ou encore, faire un AVC. Je ne suis pas certaine que j’aurais la patience pour gérer une telle situation.

Au crépuscule de la vie

Quand je quitterai cette maison et si je la quitte un jour, mon idée est de chercher quelque chose de plus petit mais près de l’eau, là où je peux me baigner, marcher et profiter des paysages qu’offre un plan d’eau. L’eau pour moi, c’est la vie.

Si j’ai une maladie dégénérative, je demanderais sans hésitation l’aide médicale à mourir, je crois qu’on peut être serein dans tout ça.

Ce qui est une grave erreur politique est de mettre les gens dans des mouroirs.

Nos parents, grands- parents ont toujours vécu avec leur famille. Cela est moins le cas aujourd’hui, mais ça a sa place avec le concept de maisons intergénérationnelles. C’est une nouvelle solution. En revanche, certains auront besoin de soins et on ne peut pas demander à nos enfants de gérer ça alors peut-être oui, les CHSLD, mais ils sont devenus trop gros, impersonnels.

Ce qui fait du sens pour moi serait une bâtisse accueillant entre 12 ou 15 personnes maximum, avec des résidents qui peuvent aller à la cuisine faire un petit gâteau s’ils le désirent. Cela devient un milieu de vie acceptable et puis ça prend un jardin, des arbres…

Et puis il y a les personnes âgées qui ont démissionné de tout, d’apprendre, de lire, d’aller vers les autres; la recette s’il en est une est de ne pas baisser les bras peu importe ta situation et demeurer active tant que ton corps te le permet.

La considération pour la vieillesse

Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de considération pour les personnes âgées. Après 50 ans ça prend des groupes, des mouvements qui vont revendiquer au nom des ainés.

Plus tu vieillis, plus tu es pauvre; c’est mathématique, tu épuises tes avoirs. Certains voudront continuer à travailler à temps partiel mais les avantages fiscaux ne sont pas là.

J’aime ça travailler, mais je ne veux pas que ce labeur soit considéré fiscalement comme un revenu supplémentaire. Il y a le avant ma retraite et après ma retraite, c’est différent. Pour le gouvernement ce serait rentable même s’ils « perdent » en retenues à la source, car ils seraient nombreux à vouloir combler des postes qui ont besoin de l’être. On parle de pénurie d’emplois, je ne comprends toujours pas pourquoi cette solution n’est pas envisagée. Par exemple, nous sommes des milliers d’enseignants à la retraite, bon nombre d’entre-nous ne demanderait pas mieux que de donner des cours de francisation aux immigrants…mais pas bénévolement. À titre d’ainés nous sommes suffisamment sollicités pour donner de notre temps bénévolement. Se faire payer devrait aussi faire partie de la donne.

Rétroviseur

Quand on regarde en arrière, on se souvient surtout des grandes joies et des grandes peines.

J’ai beaucoup travaillé avec des enfants, j’ai adoré. Par contre j’ai perdu deux frères, un à 25 et l’autre à 46 ans. Ce fut dramatique pour notre famille, à l’origine nous étions 3 gars et 3 filles. Et puis nos parents sont décédés. Nous sommes maintenant 4. On se rencontre régulièrement car je crois qu’il est important de se créer des joies.

Le bonheur ça n’arrive pas par magie, il faut essayer des choses, prendre des initiatives, ce faisant tu as parfois de belles surprises parce qu’à force de donner au suivant, on reçoit sans qu’on s’y attende.

Sur les milieux de vie

Deux choses sont essentielles : avoir la liberté de paroles et d’agir.

Il ne faut pas nous mettre les mots dans la bouche et prétendre au nom des ainé.es. Nous avons notre mot à dire dans les décisions qui se prennent sur notre vie, notre future.  Les personnes âgées ont aussi le droit de penser différemment. Il faut alléger le système, des personnes en perte d’autonomie attendant trop longtemps pour avoir une place et celles qui sont autonomes sont souvent placées devant un choix qui ne leur convient pas.