Gilberte a tenu à nous montrer l’urne de son époux, comme si elle voulait qu’il fasse partie de la conversation. Même décédé, il est là. Pour elle il est encore présent. Je me permets ici de déroger de mon souci d’impartialité, de rapporter la parole dans son intégralité. L’histoire de Gilberte en résidence m’a interpellée; de penser que des gens, des directions de RPA puissent même suggérer de séparer des couples avec des décennies de vie et de complicité, peu importe les raisons, est non seulement inconcevable mais surtout cruel.

Je veux mourir dans ma maison mais s’il faut aller à l’hôpital, avec des soins, oui.

PHOTO : Jacques NADEAU

La vieillesse,  la vie,  la jeunesse et la mort

L’existence de Gilberte BERGERON est en continu. Elle parlera de sa situation présente entre deux phrases décrivant son enfance. Les personnes âgées ne voient plus la vie en pièces détachées. Rendus à cette phase de leur vie, tout se mélange et tous les moments vécus servent à mieux comprendre le passé, le présent, même l’avenir, peu importe où ils se situent dans le temps.

Gilberte dira d’entrée de jeu qu’elle vient de Maskinongé, que sa ma mère morte et que son père s’est retrouvé avec cinq enfants, qu’il s’est remarié et qu’ensuite la famille recomposée est venue s’installer à Saint-Cuthbert. Avec des personnes comme Gilberte, il faut oublier l’ordre des questions et laisser la conversation prendre le dessus…

En veillant sur l’perron
Par les beaux soirs d’été
Tu m’disais c’est si bon
De pouvoir se parler

En écoutant le verbatim de Gilberte, j’ai tout de suite eu en tête ces paroles d’une chanson interprétée par Dominique Michel dont je me suis permise de changer la finalité. Parce qu’une entrevue avec Gilberte, 93 ans, c’est une conversation avec sa mère, c’est un moment éphémère réparateur, ce sont des mots murmurés entre le bruit de deux voitures qui passent, en se berçant sur la galerie par un bel après-midi de juin, en veillant sur l’perron…

J’ai eu 10 enfants; aujourd’hui mes enfants sont présents et m’apportent beaucoup de réconfort. Je suis heureuse de les avoir autour de moi. À un moment donné mon mari et moi nous sommes trouvés dans une résidence pour personnes âgées, à Joliette. Nous n’avons pas vécu de belles expériences.

La COVID est arrivée 15 jours après qu’on y ait emménagé. Soudainement nous étions enfermés, on nous portait à manger à la porte. Les enfants n’étaient pas pour çà.

Mon mari est tombé et j’ai demandé de l’aide; ils sont venus mais le lendemain nous étions laissés à notre sort. Nous avons eu comme réponse qu’il fallait qu’il soit placé, que l’endroit n’était pas fait pour lui.

Si on avait pas eu nos enfants pour se battre pour nous, on aurait été séparés.

Nous sommes finalement revenus à la maison. Mon mari est décédé et nos enfants continuent à prendre soin de moi. Ils m’ont acheté un appareil qui avertit quand je tombe; je ne le porte pas. Je leur ai dit vous êtes toujours avec moi….

La suite des choses

Je veux mourir dans ma maison mais s’il faut aller à l’hôpital, avec des soins, oui. Je ne veux pas retourner dans une résidence. Les enfants sont d’accord. Ça doit être dur pour ceux qui sont seuls, car ils n’ont personne pour prendre leur défense.

Rétroviseur

Difficile à dire. A-t-on des regrets ? Non je pense bien qu’à date, je suis satisfaite de ce qu’on a accompli les deux ensemble, mon mari et moi.