Lucie ROBICHAUD est née avant le crash des années 30. Elle n’aime pas dire son âge car elle sent le poids du regard des autres. Elle déplore d’ailleurs cette attitude qu’elle voit comme une barrière au développement individuel.
Sur la vieillesse
À tous les jours je me lève et me dis que je vais passer une belle journée. Je n’aime pas me projeter trop loin dans le temps. Je suis positive et vois la vieillesse comme une richesse; si on est pessimiste on risque d’entrevoir ce passage de façon plutôt pénible.
Appréhensions
Je n’ai aucune appréhension en ce qui concerne la suite des choses. Je crois que je vais mourir comme mes parents, subitement. J’ai dit à mes enfants, si je meurs dans ma maison, si on me retrouve sans vie, ce sera parce que mon temps est arrivé. Il faudra l’accepter. Et si je deviens malade je ferai comme les autres, j’irai à l’hôpital.
Je ne vois pas la fin d’une vie comme un fardeau, il faut la prendre avec philosophie, c’est tout.
Rétroviseur
Je n’ai aucun regret mais j’ai eu des coups durs comme bien des gens. J’ai perdu mes deux parents la même année que mon mari me laissait seule avec trois enfants, à Montréal, seule et sans ami.es. Ma vie a complètement basculé. Je me suis développée d’une autre façon. J’ai travaillé comme assureur avec une équipe de 53 hommes, certains étaient un peu misogynes. J’ai même eu un trophée Lucie Gagnon, Homme de l’année. Quand une personne te pile sur les pieds, tu te dis qu’elle n’a pas raison de le faire, tu ne laisses pas les autres dicter ta vie et puis tu gagnes toujours à rester autonome.
J’ai toujours été impliquée tout en éduquant mes trois enfants. Avec Belle et bien dans sa peau, nous aidions des femmes atteintes du cancer à retrouver leur identité, avec Les Petits frères des pauvres, nous accompagnions des aînés afin de briser leur solitude. Je crois que de donner aux autres nous rend plus fort. Aujourd’hui c’est avec Aînés sans frontières que je me suis engagée.
Créé en 2017, Aînés sans frontières est un organisme communautaire fondé par des aînés et dont l’objectif est de soutenir l’intégration des aînés immigrants dans la MRC de Joliette afin de briser la solitude tout en offrant des occasions d’échange et de socialisation par le biais de rencontres, d’activités diverses, de formation et de conférences.
Perception des personnes âgées
Elle se fait difficilement. Il y a souvent un malaise quand les gens apprennent mon âge alors que je refuse de mettre des barrières dues à l’âge d’une personne. Nous gagnerions tous à nous éloigner des préjugés qui faussent notre perception l’un de l’autre, venant des jeunes ou des plus vieux. S’ajoute le fait que nous les vieux, nous pouvons tellement donner, transmettre le savoir de toute une vie et continuer d’entretenir de l’amitié avec les autres.
En contrepartie certaines personnes âgées se mettent en retrait trop facilement dès qu’une épreuve se présente, comme la maladie par exemple, c’est triste.
Les femmes de mon âge sont toutes ‘campées’ chez Bordeleau[1] alors que moi je suis par monts et par vaux; d’ailleurs on m’y considère un peu ‘anormale’. Pour tout vous dire, mes meilleures amies ont 40 ou 50 ans. Elles bougent, font des choses parfois inusitées. Je continuerai de côtoyer des gens de différentes générations jusqu’à mon dernier souffle. Il en va de ma survie.
[1] Habitations Bordeleau (Les) est un groupe immobilier possédant plusieurs résidences pour personnes âgées dans la région de Lanaudière.
