Serge aime le bois; il fabrique de magnifiques chevaux à bascule et des jouets éducatifs. Un deuxième souffle pour cet homme qui a su se donner les moyens pour une vie après la retraite. Avec son épouse Louise, ils habitent Sainte- Marie-Salomée, un coin de pays aux mille champs et rivières, là où il fait bon vivre.
La vieillesse
Pour être honnête, je n’y ai pas pensé, j’ai glissé dedans. Vu mon activité je n’ai pas non plus le temps de me pencher sur la question. Travailler le bois est physique, tu oublies tes petits bobos parce que tu es animé par une passion. On m’a même cherché un cancer que j’ai peut-être maintenant, mais je n’en ai pas fait de cas.
La suite des choses
Tout ce que je souhaite est de ne pas me retrouver dans un institut quelconque. La mode est passée, mais quand j’étais jeune on gardait nos parents. Mon voisin vivait seul dans sa maison, il avait de l’aide pour le ménage, ses enfants venaient de temps en temps. Il est mort chez lui le jour de sa fête, à 80 ans. Ca faisait des années qu’il avait des problèmes, il était sur la dialyse. Quand il a su qu’il n’y avait plus rien à faire il est revenu chez-lui, il y est resté, sauf les trois derniers jours où il était aux soins palliatifs; ses enfants l’ont accompagné et étaient avec lui les deux dernières semaines. Le tout s’est déroulé naturellement.
Du point de vue purement financier, il me semble que cela coûte moins cher d’offrir des services à domicile que de financer à grands coups d’énormes bâtiments, surtout quand on manque de personnel.
Quant à mes derniers jours, si je deviens incapable de prendre soin de moi, si j’ai une maladie invalidante, l’aide à mourir est un bon recours.
Perception
Au début de la pandémie, ma femme est allée à l’épicerie et les jeunes lui ont dit : c’est vous autres qui avez amené la pandémie…elle se l’est fait dire une couple de fois.
L’intergénérationnel est peut-être une bonne idée, mais ce n’est pas pour tout le monde. Si je me fie aux deux garçons de mon épouse Louise qui habitent à proximité, un à Saint-Ambroise et l’autre à Saint-Paul, ils viennent rarement nous voir. Au mieux ils téléphonent. Alors un projet intergénérationnel ne les intéresseraient pas. Ce concept d’habitation est bon pour des familles qui se fréquentent; il y en a mais pas beaucoup, Pas clair ce bout là.
Les personnes âgées ont-ils leur place dans la société ?
Pas vraiment. Il faudrait avoir des occasions de rassembler jeunes et moins jeunes, afin qu’ils puissent exprimer leurs opinions. D’avoir une génération qui chiâle sur l’autre n’aide en rien.
Rétroviseur. Regrets, joies ?
Je suis embêté de répondre; d’après moi il y a toujours le meilleur à prendre. Le pire, on le laisse aller. Cela ne donne rien de vivre dans le passé, on est dans le présent. C’est ce qui compte.
Même si on a un certain âge on a le droit d’avoir de l’ambition, de se projeter dans le futur et d’avoir des projets. En tous les cas, pour moi, ça ne manque pas. Mon épouse est fatiguée plus que moi. Je suis plus frondeur qu’elle; elle est plus terre à terre, moi plus rêveur…la tête dans les nuages. Mais j’aime ce que je fais et je ne compte pas mes heures. Hier j’ai passé une bonne partie de la journée à sabler une table. Ce que je préfère est de développer des nouveaux produits, le plus éducatif possible, comme des jeux de blocs. J’ai des clients qui viennent de partout et c’est stimulant.
