Abdul est un homme d’affaires venu tout droit du Bangladesh il y a trente ans. Il est divorcé et ses deux garçons vivent avec leur mère à Montréal, où il continue d’habiter même s’il passe la majorité de son temps à Joliette pour gérer son restaurant. Nous avons mené l’entrevue en anglais, une langue avec laquelle Abdul est plus familier. Ce qui suit est un résumé de notre entretien.
Abdul possède un restaurant offrant une cuisine indienne authentique situé au centre-ville de Joliette. Il est fier de ce qu’il a accompli depuis son arrivée au Canada, ce qui ne l’empêchera pas d’évoquer les différences de culture qui existent entre son pays d’adoption et celui qui l’a vu naître. Et elles sont notoires, dont celle concernant la considération pour les aînés.
Abdul saisit mal comment la plupart des gens choisiront que leurs parents soient ‘placés’ au lieu de les garder avec eux. Il est de la ‘vieille génération’, celle qui gardait un parent jusqu’à la fin. La génération actuelle est aux prises avec un autre dilemme. Au Bangladesh, l’amélioration de la qualité de vie résulte en une augmentation du nombre de personnes vivant plus de 60 ans[1]. Cela est perçu comme un défi grandissant comme les personnes âgées ont besoin de plusieurs soins et le fait que le pays n’a pas de système en place pour offrir ces soins gratuitement. Également, les enfants vivront de plus en plus à l’étranger pour étudier ou travailler, mais il n’existe pas encore de structure sociale adéquate pour offrir à leurs parents un endroit sécuritaire, faute de pouvoir continuer la tradition du ‘parent qui est hébergé par l’enfant lors de ses vieux jours’. Par ailleurs, la nutrition et la santé sont directement liées à l’accès à des installations sanitaires adéquates et à de l’eau potable. Malgré ces défis énormes, prendre soin des aînés est considéré comme un devoir éthique et la responsabilité de chacun[2].
Abdul qui n’a pas habité au Bangladesh depuis des décennies se rappelle quand même de la force du tissu social. Son père y est mort à l’âge de 80 ans et a été actif jusqu’à la fin, entouré des siens. La communauté est très présente dans ce pays de 172 millions d’habitants, et même avec une densité de population la plus élevée au monde, soit 1141 personnes au kilomètre carré, l’entraide semble encore d’actualité ; les voisins seront là pour prendre la relève quand les familles ne pourront plus. Abdul dira qu’il existe des centres pour personnes âgées mais que les gens y mettent leurs ‘vieux’ quand cela devient impossible pour eux d’assumer cette responsabilité.
Une autre différence est qu’au Bangladesh, ou partout en Inde, on ne fait pas de différence de groupes d’âges et il n’y a pas de limite pour cesser de travailler. Tant que le corps le permet, tu continueras à être actif. La vieillesse fait partie d’une grande aventure et ce n’est que la mort qui marquera un arrêt. Au Bangladesh il n’y a pas de système de santé universel financé par les impôts comme au Canada, et on doit payer pour ses médicaments. Beaucoup ne peuvent pas et c’est alors que le réseau se met en marche, et que la communauté prend le relais.
