Je médite à tous les jours. C’est une des meilleures décisions que j’ai jamais prise.

PHOTO : Jacques NADEAU

De descendance irlandaise et algonquine, André est un véritable caméléon. Tout au long de son existence il a su s’adapter aux circonstances de la vie. Il y a quelques années il a compris les bienfaits que procure la méditation. C’est une pratique dont il n’a pas l’intention de se défaire de sitôt.

Une jeunesse à la dure prépare la vieillesse

On peut dire que je me suis fait moi-même, sans aucun guide parental. Aujourd’hui j’ai la sensation que cet apprentissage à la dure va m’aider à passer à l’étape suivante, à la vieillesse.  À l’âge de 7 ans je me tenais à la porte de magasins d’alimentation et cherchais des femmes seules ou des personnes âgées qui semblaient avoir besoin d’aide pour porter leurs paniers d’épicerie jusqu’à l’auto. Je me faisais de 5 à 10 cennes à chaque fois, ce qui permettait d’acheter du pain, des tomates pour nourrir mes frères et sœurs. Nous étions cinq enfants; je suis l’aîné de deux frères et deux sœurs. Ma mère était monoparentale et travaillait dans un bar. On passait la journée seuls, on avait faim. À 11 ans, je travaillais dans un centre de quilles, je me faisais 10 cennes la game. En deux heures je pouvais me ramasser jusqu’à deux dollars. J’ai compris très jeune la valeur de l’argent et à quel point c’est souvent un défi de gagner sa vie.

Rétroviseur

Tout ce qui m’est arrivé a forgé la personne que je suis aujourd’hui. La seule chose à laquelle je rêvais peut-être étant jeune, était de vivre dans une famille harmonieuse, avec un père et une mère. Mais ca n’a pas été mon cas. Je suis devenu un célibataire endurci, probablement du fait que j’ai trop souvent été témoin d’arguments entre un père trop absent et une mère au bout du rouleau. Puis j’ai rencontré la femme avec qui je partage ma vie aujourd’hui. Elle a subi la ligature des trompes et la vie en a fait autrement; mais si j’avais le choix d’un retour en arrière je voudrais un enfant avec elle, on serait des parents formidables.

Mais le film qui joue dans le rétroviseur ne s’est pas si mal déroulé. Aujourd’hui j’ai un bon boulot; cela fait 20 ans que je travaille pour la Société de transport de Montréal (STM).  Je médite à tous les jours. C’est une des meilleures décisions que j’ai jamais prise.

La vieillesse

J’ai 60 ans et déjà mon corps commence à réagir différemment. J’ai toujours déneiger ma toiture mais récemment je me suis étiré un muscle, alors je fais attention. J’étais très fort, je le suis encore mais en prenant de l’âge, je dois faire attention à ma musculature.  Je ne me vois pas faire tout ce que j’accomplis maintenant quand je serai plus vieux. Avec ma conjointe, nous sommes propriétaires d’un gîte. Deux choix se présenteront peut-être alors, soit d’engager des gens, ce qui voudra dire pouvoir garder notre commerce, soit nous opterons pour déménager et qui sait, aller en résidence, mais je n’en ai vraiment pas envie.

Les milieux de vie

Je pense que c’est en Norvège ou en Finlande où ils ont des projets immobiliers offrant une mixité de générations, des jeunes avec des aînés qui vivent dans un même lieu. Pour moi c’est le bonheur. En plus un tel concept sert bien les parents qui ont peu de temps à accorder à leurs enfants tellement ils travaillent. De vivre là où des aînés sont à proximité leur donnerait de l’air… En plus un jeune a de grandes chances d’avoir une bonne écoute en compagnie d’un aîné. C’est un truc gagnant !

Perception des vieux

En étant chauffeur d’autobus, j’entends parfois des collègues dire : les aînés sont fatigants, ils sont lents, ils cherchent toujours à trouver leur monnaie, ils ne sont jamais prêts…ne marchent pas assez vite…Quand j’en ai la chance je leur fais la remarque : si c’était ta mère…dirais-tu la même chose ? Un vieux pour moi, ça se respecte. Comme chauffeur je regarde dans mon rétroviseur avant d’accélérer et j’attends que la personne âgée s’asseye. Il faut aussi penser que pour ce vieux ou cette vieille qui entre dans ton autobus, tu seras peut-être la seule personne à qui elle parlera dans la journée. Le contact, c’est important.

C’est clair qu’une formation sur comment traiter les personnes âgées devrait être offerte, surtout à ceux qui sont appelés à les côtoyer dans le cadre de leur travail.

De façon générale je dirais que les personnes âgées sont mises à l’écart. Quand tu penses au savoir-faire qui se perd, quel gaspillage! Par contre il faut avouer que moi aussi quand j’avais 17 ans, je regardais une personne même juste dans la cinquantaine et je la trouvais vieille.

Il y a beaucoup de travail à faire en terme de perception. En bout de ligne, il n’y a pas de secret, que tu aies 20 ou 80 ans, une personne veut toujours se sentir vivante, aimée et appréciée.