La vieillesse c’est un concept presque fictif qui te rattrape quand ton corps te lâche.

PHOTOS : Jacques NADEAU

Claude VALLIÈRES, pionnier, revendicateur, éducateur, environnementaliste, humaniste est un homme passionné et lucide en même temps. Il sait exactement où il se situe par rapport à ce qu’il l’attend.

« La vieillesse c’est un concept presque fictif qui te rattrape quand ton corps te lâche. Pour empêcher que ça arrive trop vite, il y a trois grands principes auxquels j’adhère : avoir des projets, bien s’entourer et bouger. Et quand le temp sera venu, je veux être prêt pour ne pas donner de l’ouvrage aux autres. Ma grand-mère paternelle Floride, est morte à 98 ans. Ma tante Claire, 99 ans. Tante Laure, 94 ans… Au niveau de la génétique ça va. J’ai 76 ans, je travaille, ça roule. Je voudrais que lorsque ce sera le moment, pouvoir planifier ma sortie. C’est important. Ma mère qui a 96 ans, vit dans son logement à dix minutes de chez-nous. Elle n’est pas déracinée. Elle est là par choix. D’ailleurs, beaucoup de personnes âgées ici à Saint-Cuthbert vivent encore dans leurs maisons.  Mais j’ai bon espoir. Je pense que le babyboomer ne va pas accepter qu’on le case; il voudra choisir comment et où il finira ses jours, qu’il soit riche ou pauvre.»

Pour Claude, la pandémie aura changé la perception que nous avions sur la vieillesse, mais dans les faits, à 76 ans, avec les nombreuses causes qu’il endosse il n’a guère le temps de se soucier du regard des autres.

Animé par la force du communautaire, il incarne le sens du mot collectif beaucoup grâce à son expérience à vivre et à travailler en territoire Inuit. Claude y a passé 37 ans de sa vie, dont 20 comme directeur d’école. Il continue de s’impliquer et demeure secrétaire-trésorier de TUKISIVALLIRUTITSANUT PARNAITIIT, un OVEP[1] fondé en 1979 par des Inuits de Puvirnituq.

En 2012 il était nommé Chevalier de l’Ordre national du Québec mais dit ne pas se servir de ce titre, trop occupé avec des enjeux locaux. Aujourd’hui Claude Vallières s’occupe du bulletin trimestriel Ça m’Chicotte, publié par l’organisme Les Amis de la Chicot de Saint-Cuthbert, qui a pour mission de préserver et d’améliorer la qualité de vie des citoyens et citoyennes de Saint-Cuthbert dans une perspective de développement durable. On peut se documenter sur l’organisme en se rendant sur le site de la municipalité st-cuthbert.ca

« L’idée de “Ça m’Chicotte” a commencé en 2009. J’essaie de transmettre. Je lance souvent des idées et ensuite, je cherche des personnes meilleures que moi pour les concrétiser. Jack of all Trade but King of None. Je suis spécialiste de rien, je joue de la guitare, je ne suis pas musicien, j’écris, je ne suis pas écrivain, j’ai construit la maison, un pont tout seul de 42 pieds, mais je ne suis pas un contracteur. Mon père disait « s’il y en a qui l’ont fait, on va s’essayer » alors j’essaie.»

À ce rythme, on peut présumer que la vieillesse aura du mal à le rattraper.

[1] ORGANISME VOLONTAIRE EN ÉDUCATION POPULAIRE (O.V.E.P.)
L’O.v.e.p. est un organisme qui travaille à l’éducation et à l’action communautaire.