Vieillir ? Honnêtement, je n’ai pas le temps d’y penser.

PHOTO : Jacques NADEAU

La famille, la rivière et le village

D’entrée de jeu Danielle DEMERS nous présente ‘sa’ rivière, la rivière Chicot. On sent toute la profondeur et tout le sérieux de l’implication de Danielle avant même qu’elle ne se raconte. Elle est très attachée à l’endroit qu’elle habite. Quand on la questionne sur comment elle entrevoit vieillir et surtout où, elle n’aura aucune hésitation.

« J’espère rester ici le plus longtemps possible mais je suis consciente que nous avons beaucoup d’entretien à faire; déjà on a un grand potager, et puis nous sommes très occupés. Tant qu’on va être capable d’en profiter au maximum comme on le fait présentement, on va rester. Ça ne nous tente pas du tout de quitter Saint-Cuthbert, c’est notre chez-nous ».

Vieillir

« Vieillir ? Honnêtement, je n’ai pas le temps d’y penser. Quand j’étais plus jeune je n’y pensais jamais. Après avoir perdu un frère et une sœur, les deux morts à 76 ans de maladie, mes parents étant décédés, je réalise que j’arrive à cette étape. Je suis la plus jeune de cinq enfants. Je vois la vie en continu, je ne brise pas les décennies, je compte une année à la fois, mais je dois avouer que l’énergie n’est plus la même. Je travaille dans mon jardin, quand je suis fatiguée, j’arrête.

Avant je n’arrêtais pas, je continuais jusqu’à ce que j’aie fini ce que j’avais à faire. Oui, la machine vieillit; pour l’instant je suis très en forme, j’œuvre et j’évolue dans le communautaire, avec des gens qui partagent les mêmes intérêts que moi et tout ça garde jeune. On se fait dire souvent : c’est le temps que tu ralentisses. Ce discours ne m’atteint pas. Pas encore… »

Perception de la vieillesse

« Dans la famille de Claude qui est ma famille, il existe un grand respect pour les aînés. Églantine BEAUDRY (Vallières) la mère de Claude, a 96 ans et habite à Villa et Pavillons Berthier, une résidence pour personnes autonomes. Elle vit dans son appartement. Grand-maman, c’est LE personnage central de la famille. Dans notre famille, il y a cette culture-là du respect de l’aîné, j’ajouterais que c’est même très présent dans mon environnement.

Je suis proche de personnes plus âgées à Saint-Cuthbert où il existe d’ailleurs un grand respect pour les aînés. Les personnes âgées que je côtoie ont leur place; elles ont l’air épanoui et elles s’intéressent à ce que nous faisons. »

Par contre, je suis loin d’être certaine que les personnes âgées ont le respect qu’elles méritent au sein de la société dans laquelle on vit. Églantine nous dit qu’elle est chanceuse, que beaucoup de personnes de la résidence ont peu ou pas de visites de leurs proches. L’autre chose est qu’on s’en débarrasse disant : ‘Oh ils sont très bien où ils sont’, et une fois ‘placés’, les visites se font de plus en plus rares. C’est d’une grande tristesse.