Cette perte d’autonomie est angoissante. RPA, logement adapté ou résidence ? C’est un vrai dilemme.

PHOTO : Jacques NADEAU

Évelyne LAVALLÉE est née à Saint-Damien-de-Brandon. Elle sera enseignante pendant 6 ans, aura 4 enfants tous nés à Saint-Félix-de-Valois. Une fois ses enfants grandis elle réalise son rêve de perfectionner la peinture et le dessin. Artiste hyperréaliste, elle exposera à plusieurs reprises et enseignera la peinture à l’huile pendant une dizaine d’année. Elle signe « Les quatre temps de Saint-Félix », une œuvre à l’huile en lien avec les 4 saisons réalisée en 2008-2009 avec 7 autres peintres. Pour Évelyne, l’histoire de Saint-Félix c’est aussi l’histoire du peuple québécois, des amérindiens qui partagent le territoire avec les premiers arrivants.

La vieillesse

La vieillesse veut dire ne plus agir, travailler, nous faire aider au quotidien et être appelé à changer de milieu de vie. C’est quand le corps est moins apte à réagir face aux exigences de la vie. La vieillesse est un état sournois qui nous envahit mais le fait d’être dans l’acte de créer repousse l’échéance. Je donnais déjà des cours de peinture et j’ai voulu laisser ma marque. L’idée m’est alors venue de créer des toiles en lien avec l’histoire de ma paroisse où j’ai vécu pendant 34 ans.

Le projet intitulé « Les quatre-temps de Saint-Félix » a été élaboré autour des saisons et relate l’histoire de la municipalité de 1800 à aujourd’hui. Sept collaborateurs se sont joints à moi et nous avons formé le collectif Huitarts. Le vernissage avait lieu le 3 mai 2009 ; quelques années plus tard je lançais mon livre, L’Histoire des Quatre-temps de Saint-Félix qui raconte le cheminement de notre collectif dans la réalisation de des toiles exposées à l’hôtel de ville de Saint-Félix-de-Valois. On se sent vivant quand on participe à un tel projet.

Vieillir comment et où?

En 2010 nous quittions Saint-Félix pour nous établir à Notre-Dame-des-Prairies. J’avais été diagnostiquée d’un cancer du côlon et nous avons voulu nous approcher des services. Aujourd’hui je suis guérie mais j’ai de la difficulté à marcher. J’ai un déambulateur mais je pense m’acheter une chaise roulante. J’ai 79 ans, mon mari a 83. Ses frères vivent dans des résidences pour ainé.es ; ils ont pris cette décision parce qu’ils trouvaient qu’une maison demandait trop d’entretien. L’un deux avait la sclérose en plaque ; il était obligé d’y être mais disait s’y trouver comme dans une prison. Un de nos amis compare les RPA à des poulaillers.

Nous songeons à quitter notre maison, mais nous avons du mal à penser que nous ne serons plus tout aussi autonomes. Nous avons discuté de notre départ éventuel de la maison. On a convenu d’attendre deux ans, année de notre 60e anniversaire de mariage, mais nous sommes conscients que jamais nous ne trouverons l’espace que l’on a ici et pour moi cela voudra probablement dire sacrifier faire de la peinture. Nous savons que nous aurons des deuils à faire. Et puis vivre en communauté, c’est parfois fatiguant. Alors je continue à avoir des doutes quant à nous relocaliser en RPA . Avec mon époux nous pensons que nous devrons peut-être nous résigner à y aller, mais j’espère simplement être entourée par des activités bienfaisantes.

Si nous nous choisissons d’aller en logement, il faudra que cela soit un plein pied, que je suis puisse entrer et sortir avec aise. J’ai besoin d’une canne ou d’un déambulateur pour mes sorties et je pense m’acheter une chaise roulante. Mes options sont donc limitées quand vient le moment de choisir ton lieu d’habitation. Cette perte d’autonomie est angoissante. RPA, logement adapté ou résidence ? C’est un vrai dilemme.

Rétroviseur ?

Regrets, moments marquants Je n’ai pas de regrets. J’ai de bons souvenirs de mon enfance à la campagne et je suis contente de mon parcours. Avec mon mari, on a eu 4 enfants, géré 3 commerces. On a suivi des cours de danse pendant 18 ans. Mon mari avait une boulangerie et faisait des runs de pain pour faire vivre notre famille pendant que moi j’enseigné. Ce n’était pas facile mais nous étions heureux. Puis est venue la peinture. Le livre, les toiles sont la plus belle affaire que j’ai réalisée dans ma vie.

Perception de la vieillesse

Je vois cela assez simplement : on vieillit tous et on part. Si on compare avec la vie de nos parent qui étaient pauvres, nous sommes choyés car nous avons de l’aide des gouvernements. La pension de vieillesse a tout changé. Les jeunes aiment bien les vieux sans pour autant vouloir trop s’en occuper. Peut-être est-ce un phénomène associée à la vie à la campagne, je ne peux me prononcer sur cette perception des personnes âgées vivant en ville.

Place des vieux

De façon générale, qu’on habite notre maison, un logement et une résidence pour personnes âgées, nous ne connaissons plus nos voisins, nous sommes déracinés. Les personnes âgées sont laissés à eux-mêmes, abandonnés par leur famille. En vieillissant nos enfants, trop occupés à travailler et consommer viennent nous voir de moins en moins. Je déplore cette société de consommation à outrance, cela a des effets pervers sur nos vies. Pourquoi ne pas créer des association de ce que j’appellerais les anges visiteurs et en faire un programme à l’échelle provinciale appuyé par une campagne promotionnelle ? Il existe sûrement des gens qui souhaiteraient donner du temps pour améliorer le sort des ainé.es en brisant cette solitude, en allant vers eux juste pour une simple visiter. En vieillissant nos besoins ne sont pas aussi élaboré et parfois le simple fait d’avoir quelqu’un à qui parler une petite heure peut faire ta journée, ta semaine….