Fleurette est une octogénaire totalement en symbiose avec son lieu d’habitation, le Gardeur, anciennement Saint-Paul-L’Ermite aujourd’hui Repentigny.
Agathe a vécu au 17e siècle et aura marqué ce même territoire jusqu’à son décès à l’âge de 91 ans.
Propos féministes avec trois siècles d’écart.
Fleurette et la vieillesse
Je crois que le secret est de ne pas s’en faire. Je ne me vois pas comme étant « vieille ».
J’ai travaillé pour le quotidien La Presse pendant des années et mes collègues me faisaient souvent la remarque que je n’étais pas une ‘ennuyeuse’. Il y a des gens qui s’ennuient peut-être, mais ce n’est effectivement pas mon cas. Je vis dans une maison construite en 1871 dont j’aime m’occuper, je tonds même ma pelouse… Je suis impliquée avec plusieurs organismes locaux comme la Fête au Petit Village à Saint-Paul-de-l ’Ermite. J’aime aussi prendre soin des gens. J’ai jadis voulu être infirmière et j’ai travaillé à l’Hôpital Sainte-Justine, j’imagine que l’envie de prendre soin d’une personne me soit resté. J’ai une voisine qui est veuve depuis des années et elle est très anxieuse, je la rassure et cela me fait du bien en même temps. C’est peut-être aussi de famille; ma mère avait 24 pensionnaires que nous côtoyions. J’aime les gens et je peux très bien aussi vivre avec ma solitude. Je profite du meilleur des deux mondes !
La suite des choses
Parfois je me pose des questions. Je vis seule; je suis en forme mais demain tout peut arriver. Je préfère ne pas trop y penser. J’ai eu un cancer du sein et suis en rémission depuis novembre 2022. Je ne prends plus de médicaments et je ne vois plus d’oncologue. Mais ça peut revenir. Je me console en me disant qu’à mon âge les choses évoluent lentement. L’avenir? Nous vivons à une époque trouble et cela nous affecte tous, peu importe qui nous sommes. Il y a des fusillades près de nous, la guerre en Ukraine, la crise climatique… c’est sûr qu’il y a des inquiétudes à avoir. Alors je cultive le Carpe Diem[1] !
Mon souhait est de rester le plus longtemps possible dans ma maison. Si je dois être admise dans une résidence style RPA[2], le lendemain je suis dans l’trou… Tous ces longs corridors…les repas prévus d’avance…les cancans…Ce genre d’environnement n’est pas moi. Je n’aime pas qu’on s’occupe de mes affaires de toutes les façons.
Par contre la mort ne me fait pas peur. J’ai failli mourir en Espagne. Mon père est mort noyé. J’ai peur de l’eau. J’ai été élevée à côté d’une rivière et les gens aimaient me jeter à l’eau. Je détestais çà. Le lendemain de mon arrivée en Espagne nous étions près de la piscine, on m’a jetée dedans contre mon gré, j’ai coulé au fond de l’eau et on est venu me chercher juste à temps. Mais cela m’a donné le temps d’avoir un aperçu de ce qui nous attend tous. La mort n’est qu’un passage.
Rétroviseur, regrets, souvenirs…
Mon regret s’il en est un est de ne pas avoir eu d’enfants. J’aime les enfants. J’aurais très bien pu être mère, mais j’ai choisi le célibat, ce qui m’a permis de beaucoup voyager. Mon frère a des enfants que j’adore, cinq filles et un garçon. J’ai eu plein de prétendants mais ça n’a pas cliqué. J’ai eu de beaux moments et des peines d’amour mais je considère que dans l’ensemble, j’ai fait une belle vie. J’ai aimé mon métier, surtout le fait de pouvoir travailler dans le domaine des arts et spectacles, on se renouvelle constamment. Grâce à cet emploi à La Presse j’ai eu la chance de voir tellement de beaux spectacles. Je sortais en semaine et les w.e. je restais à la maison et m’occupais avec des activités dans mon patelin. C’était très bien ainsi.
Perception de la vieillesse
Le problème je pense vient du fait que nous n’abordons pas le sujet du vieillissement assez tôt. Les jeunes pensent qu’ils seront éternels, que la vieillesse est un concept presqu’abstrait. À ces jeunes, quand j’en ai l’occasion je leur dis : ton tour viendra plus vite que tu ne le penses. Nous gagnons tous à construire notre vieillesse et ça commence par prendre soin de notre corps et notre esprit bien avant être âgée.
Les vieux et la place qu’ils méritent
La situation est assez épouvantable. La problématique des CHSLD ne semble pas être en voie d’être résolue. Quant aux RPA même si ce n’est pas moi, j’ose espérer que certains sont corrects. Mais ‘correct’ ne suffit pas, il y a toute la question du bien-être dont l’importance des repas. Bien manger quand tu es âgé, c’est capital. Ces personnes en RPA, même en CHSLD veulent plus que des repas alternant riz et patates et je ne suis pas certaine que la variété fasse toujours partie du menu. Puis il y a cette proximité non voulue, les résidents en RPA ou patients en CHSLD mangent tous ensemble…comme des vieux dans un paquebot voguant vers la mort.
Solutions
Le gouvernement identifie la construction des Maisons des aînés comme faisant partie de la solution, mais j’en doute. C’est beaucoup d’argent, il manque de personnel et on revient encore à entasser les vieux dans un lieu qui demeure impersonnel.
Les RPA quant à eux sont souvent de dimensions démesurées, c’est trop gros. Je suis bien dans mes choses, je ne vois pas le jour où je serai dans ce genre d’endroit.
Ce qui décourage c’est la santé qui décline, la difficulté à se déplacer, ne pas participer à des activités. Peut-être que les soins à domicile seront une solution pour moi si j’en arrive là. Mais ce dont je suis convaincue est que cela ne sert à rien de prolonger la vie. Maintenant que l’aide à mourir est plus accessible c’est une option à considérer très certainement.
Agathe de SAINT-PÈRE, ainée avant-gardiste du 17e siècle.
Agathe de Saint-Père naissait d’une mère montréaliste ([3]) le 17 février 1647, à Pointe-Saint-Charles. Femme de tête et une femme d’affaires, co-fondatrice de Repentigny, décédée à l’âge de 91 ans, j’ai choisi de l’inclure à ce mémoire, si ce n’est que pour faire valoir la vitalité de cette ‘aînée’ qui aura marqué la région de Lanaudière. Je tiens à remercier François Longpré, président de l’Atelier d’histoire de Repentigny qui nous introduisait à la vie de cette grande féministe.
Un peu d’histoire
À l’époque, le code de Paris décrétait la femme comme dépendante de son père et de son mari par la suite. Agathe trouva une faille dans le code : à 25 ans, si une femme n’avait plus de père et n’était pas mariée, elle était considérée autonome. Elle se maria à 28 ans pour pouvoir faire des affaires entre 25 et 28 ans. Première femme manufacturière en Nouvelle-France, Agathe de Saint-Père était une commerçante aguerrie. Pour fins de justesse, j’ai choisi de citer un extrait du Dictionnaire biographique du Canada.
Pour pallier la pénurie de lin et de laine, Mme de Repentigny se livrait chez elle aux expériences les plus diverses, principalement sur les orties et les filaments d’écorces, sur le cotonnier sauvage et la laine de bœufs illinois. Le roi trouvait réussis les échantillons de toile et appréciait les dragées de sucre d’érable de sa fabrication qu’elle lui envoyait. Aussi quand arriva en 1705 la nouvelle du naufrage de la Seine, qui transportait le ravitaillement de toute une année, l’audacieuse femme établit dans sa maison « une manufacture de toile, droguet, serge croisée et couverte ». Elle racheta neuf tisserands anglais prisonniers des Indiens, les embaucha et leur adjoignit des apprentis canadiens. Elle mit à leur disposition et distribua à Montréal des métiers à tisser qu’elle avait fait construire d’après l’unique exemplaire trouvé dans l’île. Plusieurs insulaires s’initièrent aux techniques et bientôt on compta plus de 20 métiers qui fournissaient quotidiennement 120 aunes d’étoffe et de toile grossières, durables et à bon marché. L’atelier conserva son rythme de production jusqu’en 1713, tant qu’elle en fut propriétaire. Victorieuse de la crise du vêtement, ayant pleinement atteint son but, Mme de Repentigny décida d’abandonner son industrie, le 9 octobre 1713, à Pierre Thuot Duval, maître-boulanger.
En 1715 Agathe de Saint-Père achetait la Seigneurie de Lachenaie[4] ou La Chesnaye (à partir du nord de la rivière l’Assomption jusqu’à Sainte-Anne-des-Plaines). Femme d’exception, elle contrastait avec la nature insouciante de son mari, Pierre Legardeur, ce qui permis à celle qui deviendra Seigneuresse de Repentigny et de Lachenaie de l’éclipser à plusieurs reprises. Elle signait des contrats, tirait profit de congés de traite, achetait et vendait des terres, effectuait des emprunts et réglait ses comptes ainsi que les dettes de son mari et celles de ses beaux-frères.
On perd sa trace pendant quelque temps et suite au décès de son mari, survenu à Montréal en 1736, elle choisit de terminer sa vie à l’Hôpital Général de Québec. Dans le testament qu’elle signait le 6 février 1746, elle indiquait vouloir être inhumée à l’Hôpital Général. Bien qu’on n’ait pas encore retrouvé son acte de décès, on peut croire qu’elle s’y éteignit dans sa 91e année. » [5]
Contexte géopolitique
Le 2 mai 1670, Jean Baptiste Legardeur, fils de Pierre Legardeur, sieur de Repentigny, recevait de sa mère la Seigneurie de Repentigny. Il en devenait ainsi le cofondateur avec Agathe de Saint-Père.
Lors de la Journée internationale de la femme en 2020, le ministère de la Culture et des Communications du Québec reconnaissait enfin Agathe de Saint-Père comme personnage historique en vertu de la Loi québécoise sur le patrimoine culturel.
En 2021, la Ville de Repentigny désignait Agathe de Saint-Père cofondatrice de la ville. Pour les repentinois de souche, Agathe n’avait fondé que le nord (Le Gardeur)[6]. Cette reconnaissance rétablit des faits historiques importants et redonne à cette femme exceptionnelle des lettres de noblesse qu’elle mérite amplement.
[1] Étymologie : « Carpe diem, quam minimum credula postero » Carpo (cueillir), dies (le jour). Mots tirés d’un vers d’Horace : « cueille le jour sans te soucier du lendemain »
[2] Résidence pour personnes âgées
[3] Terme donné à ceux qui sont arrivés en 1642 avec Paul de Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance.
[4] Charles Aubert, Sieur de La Chesnaye (1632-1702) fut le premier millionnaire à faire faillite en Nouvelle-France. C’était l’époque du commerce de la fourrure. Les Anglais étaient à la Baie d’Hudson. La Chesnaye engagea Pierre Lemoyne d’Iberville pour les combattre. Les Anglais gagnaient et la compagnie de la Baie d’Hudson gardait le monopole du commerce de la fourrure. La Chesnaye avait tout perdu.
[5] Source : Ferland, Madeleine D. Professeur agrégé, Université Laval, Québec, Québec. Agathe de Saint-Père.
[6] Depuis 2002, Repentigny devient un regroupement de deux villes, Repentigny et le Gardeur/Saint-Paul-l’Ermite, situé au nord de Repentigny.
