La vieillesse ?
En Inde, beaucoup à cause de la chaleur je pense, les personnes vivent peut-être moins longtemps[1]. J’ai quitté l’Inde quand j’étais jeune, mais de ce dont je me souviens les gens commençaient à décéder à partir de 55 ans et celles qui arrivaient à 60 ans étaient considérées comme personnes faisant partie du ‘bel âge’.
Les personnes qui prennent soin de leur santé sont capables de vivre longtemps, mais celles qui travaillent dur au soleil, jour après jour, sont mises à rude épreuve. En Inde, peu ont une voiture et doivent utiliser le transport en commun. Il y a beaucoup de monde, on se bouscule.
Un autobus avec une capacité de 20 personnes prendra 60 passagers, il faut pousser pour avoir sa place et tout cela est très dur. C’est difficile de comparer avec la situation au Canada. Ici il y a beaucoup d’espace, le climat est bon. La vie est plus clémente et on vit plus longtemps. Par contre, en Inde il y a beaucoup d’amour et de partage. Les enfants aident les parents et les grands-parents. Les grands-parents sont respectés pour leur expérience et les jeunes voudront apprendre d’eux. Ce jeune est capable de donner de l’amour à une personne âgée et vice-versa. C’est un grand partage.
Ici l’argent domine et beaucoup de gens souffrent de solitude. Quand tu habites seule et qu’il y a un problème, tu souffres seule et tu n’as personne avec qui parler ou discuter. Pour les jeunes c’est la même chose. Si on pouvait créer des opportunités pour des personnes âgées de rencontrer des jeunes cela aiderait. Ici au centre on a des personnes de 85 ans qui font des activités avec des jeunes; on danse, on chante et on mange ensemble, il y a de la joie !
Milieux de vie ?
Je trouve que la situation est triste. Les personnes âgées devraient être capables de continuer à vivre dans leur maison, avec de l’aide si elles en ont besoin. En plus cela donnerait du travail aux jeunes femmes et aux jeunes hommes. Quand tu commences à rester dans une résidence, tu deviens dépendant, tu perds ton autonomie et avec çà, tu perds le goût de vivre.
Les personnes âgées ont aussi besoin de sortir, d’être dehors. Si une dame sait par exemple qu’elle va participer à une soirée, elle aura hâte et cette anticipation comblera peut-être sa vie. Chaque personne a besoin d’un projet. Les aînés ont fait beaucoup pour la société. Maintenant au tour des plus jeunes de donner. Notre temps sur terre est limité, au ciel, c’est pour toujours. Ici sur la terre c’est un passage, on a besoin d’aimer et d’aider les autres. Si tu vis correctement tu n’as pas de raison d’avoir peur de la mort.
Si Flora a conservé cette perception de la vieillesse comme étant douce au sein d’une famille aimante, cela vaut peut-être pour le milieu familial qu’elle a connu étant là-bas. Il semble en être tout autrement aujourd’hui. L’Asie est aux prises avec un problème accru dû à l’âge croissant de sa population. Voici un article qui illustre ce phénomène, comme quoi les enjeux du vieillissement semblent s’étendre bien au-delà de nos frontières (2).
En Inde, les personnes âgées ne savent plus où aller. Les rares maisons de retraite sont surpeuplées et la solidarité familiale s’émousse. Les Indiens vieillissants ont toutes les raisons de se faire davantage de cheveux blancs : d’un côté, le système traditionnel des familles élargies, qui prenaient en charge les anciens, est en voie d’effondrement ; d’un autre côté, les maisons de retraite sont très peu nombreuses et souvent onéreuses. Seuls 10% d’entre eux bénéficient d’une retraite ou d’une protection sociale. Pour tous les autres il n’y a ni sécurité sociale, ni assurance, ni garantie de soutien financier. Traditionnellement la vie de l’Indien moyen était centrée autour de la famille. Les familles élargies regroupant plusieurs générations étaient la norme et les anciens vivaient chez leur fils ou chez des proches. L’exode rural massif a provoqué la désintégration de ces grandes cellules familiales. Aller dans une maison de retraite aujourd’hui est encore socialement mal vu ; cela suggère que l’on est abandonné par ses propres enfants. Pourtant, de plus en plus de personnes âgées sont contraintes d’envisager cette solution. Elles recherchent alors une maison de retraite et s’aperçoivent qu’elles sont déjà surpeuplées. Selon le Centre pour le bien-être des personnes âgées (CEWA) une ONG, l’Inde comptait en 1995 environ 500 maisons de retraite subventionnées par le gouvernement, dont une cinquantaine réservées aux femmes. Les listes d’attente sont longues et nombre de personnes âgées aux revenus modestes ou très faibles ne trouveront jamais de place dans les maisons de retraite publiques qui sont leur seule option. Les privées ont tendance à accueillir les gens des classes moyennes aisées et riches. De nombreuses maisons de retraite subventionnées n’offrent même pas les services de base, tels que de l’eau propre et une nourriture décente. En Inde, personne n’inspecte ces établissements et la réglementation est pratiquement inexistante.
