Aujourd’hui, je dis aux personnes de 70 ans et plus : restez chez-vous tant que vous pouvez et allez chercher des services.

PHOTOS : Jacques NADEAU

Rencontrer Francine Hervieux c’est découvrir un pan de notre histoire haut en couleur. Artisane reconnue de la ceinture fléchée, elle nous introduit à cette forme d’art incroyable. Avant de parler ‘vieillesse’, elle nous explique comment la ceinture fléchée a voyagé dans le temps.

La Ceinture fléchée fait partie de l’art décoratif. Les plus anciennes datant des années 1780 étaient confectionnées en laine et tissés aux doigts suivant un motif complexe. Le lieux principal du commerce de la ceinture fléchée était situé à L’Assomption. Les premiers porteurs de ceintures fléchées étaient les voyageurs, puis les Premières Nations s’y sont intéressées : on échangeait une ceinture pour une fourrure…On retrouve d’ailleurs sur certaines illustrations des amérindiens la portant fièrement. Utilisées initialement durant les longs mois d’hiver pour tenir les manteaux fermés, afin d’en maximiser la capacité de rétention de la chaleur, elles ont rapidement été adoptées par des notables et des commerçant voulant affirmer leur statut social. Avec le temps, elles sont devenues un élément important de l’identité des Canadiens français. Les premières femmes à porter la ceinture fléchée furent des raquetteuses. Au Collège de l’Assomption créé en 1832, la ceinture fléchée faisait partie du costume. La compagnie de la Baie d’Hudson a standardisé les motifs vers années 1850. On lui donne alors un cadre précis : les laines employées, la largeur de la ceinture etc. La ceinture de l’Assomption s’est répandue partout en Amérique du nord. Dans l’ouest du Canada, les Métis reconnaissent la valeur patriotique de la ceinture fléchée. L’industrialisation des années 1900 amènera son déclin. Les porteurs de traditions, les folkloristes se l’approprient. La période de renaissance du fléché années arrivera en 1970; on compte alors plusieurs associations au Québec. À Québec il y a les ceintures tissées du Carnaval et chaque année, elle est différente.

Et la vieillesse ?

C’est une période qui nous arrive sans que l’on s’y attende, surtout si nous avons encore beaucoup d’énergie. Sauf que pendant la pandémie, la notion de vieillesse s’est présentée plus souvent qu’à son tour. Les directives du gouvernement faisaient état de « ce groupe d’âge plus vulnérable » auquel il fallait faire plus attention. C’est alors que nous avons réalisés pleinement que nous étions des personnes âgées. Prenons-le positivement et disons que ce fut un temps où nous avions plus… d’attention?

La perception des personnes âgées

Ca dépend des périodes. Pendant la pandémie, comme je le mentionnais, on entendait souvent qu’il fallait faire attention aux personnes âgées. On y a presque cru, nous sommes restés en réserve… Personnellement j’ai trouvé cette période difficile parce que on était mis au ralenti, tout était plus tranquille, trop.
Le problème est que la vieillesse est perçue comme un peu une période de vie sombre, un temps malheureux parce que l’on entend surtout parler des problèmes associés à cet âge, des gens qui sont malades, de diagnostics désespérants, de maltraitance. Mais il faut voir les gens qui continuent à être actifs, qui veulent partager avec d’autres, à voyager et il y en a.

Les vieux ont-ils la place qu’ils méritent ?

L’âgisme existe, c’est indéniable. Il y a une différence de pensée par rapport aux générations précédentes : on a mis une distance entre les générations et cela devient de plus en plus perceptible. Quand les personnes âgées sont au travail, on ne reconnait pas souvent leur apport. Les gens croient qu’avec les années qui s’accumulent, on perd l’expérience alors que c’est le contraire. On reconnait les grands sages, mais cette reconnaissance ne se sent pas ailleurs. La population en général ne porte pas attention à la personne âgée, au mieux elle n’est pas reconnue, au pire, elle est carrément ignorée, son savoir-faire mis de côté.

La suite des choses ?

C’est évident que je souhaite demeurer dans mon bungalow. Avec Claude mon conjoint, nous avons acheté cette maison parce que c’était un plain-pied mais surtout, parce qu’elle était lumineuse. Il y a une facilité à y vivre. Je souhaite y demeurer le plus longtemps possible ; c’est un quotidien me convient, on est en santé et nos activités nous stimulent encore beaucoup.

Regard dans le rétroviseur

Le reflet de mon rétroviseur est heureux : j’y ai l’œil clair et arbore le sourire. Je suis contente de ce que j’ai découvert, de ce que j’ai vécu… J’ai été gâtée, je le suis encore. J’ai voulu des choses, je les ai eues. Mon cheminement m’a comblée.

Que penser des résidences pour personnes âgées ?

J’ai de la difficulté à m’imaginer vivre en RPA ; pour moi ce sont des guettos. Je pense plus à des milieux de vie intergénérationnels, où des centres de la petite enfance ont des liens avec d’autres occupées par des personnes âgées. Il faut revenir à un concept de vie où toutes les générations se côtoient. En tous les cas, c’est l’avenir qu’on se souhaite.

[1] Résidences pour personnes âgées