Francine LABELLE est artiste peintre, professeure de dessin et de peinture à son compte. Sa démarche personnelle sort du lot et sa foi en la vie, surtout ce que nous en faisons, inspire à bien des égards.
La vieillesse
J’essaie d’y aller au jour le jour. J’ai également compris que tout arrive à partir du moment où tu es aligné dans une relation avec le tout; d’intégrer cette notion apporte une certaine forme de paix, ce qui fait que je n’ai pas cette angoisse de la mort ou de la vieillesse.
Et si je reste centrée, je vais me retrouver avec des gens créateurs et sympathiques qui associent et transforment, loin de la déprime et du fatalisme.
Tu viens vivre tes expériences de ton vivant, mais tu ne portes rien sur tes épaules, tu vois tout le monde dans leur pouvoir et tu t’entraides. Puis, à un moment donné tu changes de poste. Mourir c’est juste changer de poste.
Une chose est certaine : je ne me vois pas dans un CHSLD. C’est de la schizophrénie sociale et si j’y suis “forcée” je sais ce qu’il me restera à faire. Mais disons que j’ai encore bien des choses à vivre.
Perception de la vieillesse…
Ce que je perçois comme important c’est la question touchant la forme physique. Je me suis intéressée à la guérison par les plantes, une façon de préserver la mémoire, je garde un poids santé, je me tiens en forme. Tout ça aide énormément. Et puis je prends ma place, celle que je me donne, mais ce ne fut pas toujours ainsi. Toute petite, je « disparaissais » quand je pouvais. Quand j’ai réussi à faire ma première ligne droite sur une toile, je me suis rendu compte de ma position. Je me suis mise à aimer dessiner : je prenais ma place, dans mon lieu, mon atelier, mais je demeurais terrorisée d’aller dehors. J’ai eu besoin d’argent et cela m’a forcée à aller vers l’extérieur: il fallait que je me trouve des étudiants et c’est arrivé. Si tu ne demandes rien à l’univers, il n’arrive rien. Tout ce discours de “faut se contenter de ce qu’on a” m’horripile au plus haut point… Il faut oser demander.
…un problème plus profond.
C’est surtout une question d’éducation, parce que ce rapport de relation globale avec le monde aide à accepter. On se sent porté. Habitée par un tel état de conscience, une personne malade déciderait par exemple de mourir au lieu de vivre l’insupportable. Pour le moment on entretient un climat de terreur chez les personnes âgées, le péché, l’enfer…c’est épouvantable, alors que si elles étaient plus en symbiose avec ce qui a été, est et sera on éliminerait plein de souffrances. La religion nous a mis à genoux pendant des siècles, c’est encore d’actualité pour certains; elle oblige à faire pénitence. Aujourd’hui le fait religieux a pris une forme plus technologique: la dépendance aux réseaux sociaux, aux outils qui nous en permettent l’accès font que nous continuons à être soumis, ce qui cause un déséquilibre. Au fond , c’est l’isolement qui fait peur et qui fait qu’on se soumet .
Et quand il y a déséquilibre peu importe lequel, existentiel, religieux, technologique ou autre, des décisions sont prises qui ne sont pas en harmonie avec qui tu es vraiment. Comme celle d’accepter de quitter ton village, ton quartier pour vivre dans des résidences pour ‘vieux’ ou retraités actifs vendus comme le nirvana, un lieu hyper sécuritaire, où tout est organisé pour toi, où on prendra soin de toi quand tu seras malade…
La pandémie a un peu remis les pendules à l’heure, mais il reste du travail à faire comme société pour changer cette perception.

