Y’en a juste un qui ‘run’ ça en haut. L’aide à mourir ce n’est pas pour moi, je partirai quand ce sera le temps.

PHOTO : Jacques NADEAU

Georgette LAMOTHE, que certains nomment la reine de la rue, est très certainement dotée d’une force tranquille. Elle mettait la résilience en pratique avant que le mot ne soit sur toutes les lèvres. Elle fabrique des bijoux sur sa table de cuisine avec des perles qu’elle avait déjà. Elle aime faire des bracelets pour ses petits- enfants. Georgette a la discrétion des gens de sa génération, ses propos sont véridiques mais ils seront toujours teintés d’une certaine pudeur. 

Vieillesse

Je pense que le secret est d’éviter de trop se projeter dans l’avenir. J’ai toujours dit quand j’étais jeune : une journée à la fois. J’ai un de mes fils qui demeure ici, parfois il suggère des activités pour le lendemain. Je lui dis, on verra en temps et lieux, on ne sait jamais, je peux partir dans la nuit. 

Rétroviseur, regrets, souvenirs…

J’ai eu 7 enfants qui ont entre 60 et 73 ans aujourd’hui ; six sont encore vivants, mon plus vieux est décédé à 60 ans ça fait 10 ans de ça. J’ai eu de la misère noire pendant que j’étais mariée avec mon premier époux. Je n’ai jamais su ce qu’il faisait réellement. Mon bébé n’avait que 3 ans à l’époque et je devais faire des ménages pour payer le logis, j’ai appris à gratter mes sous. Comme beaucoup de femmes de mon temps, nous avons eu nos enfants les uns après les autres. On aurait voulu espacer les naissances mais on ne pouvait pas ; il fallait que la famille se fasse. Quand les choses sont devenus intolérables à la maison, même ma mère m’a fait comprendre que j’étais mariée pour la vie. J’ai enduré mon mari pendant encore 5 ans. J’ai tellement pleuré. Puis un jour, ça s’est terminé. 

J’ai arrêté de travailler à 60 ans, j’étais alors sur le point de me remarier. Mon 2e mari est mort en mars 2022, il m’a gâtée. Avant qu’on s’épouse, il a insisté qu’on ait un ‘bon papier’. Quand il est décédé, il m’a tout légué. Aujourd’hui mes six enfants habitent à proximité; je suis comblée, comme quoi la vie nous réserve des surprises.

La place donné aux personnes âgées

On la prend et puis il faut s’aider. Aujourd’hui je donne mes idées et je fais ce que je veux mais ce n’est pas parce que ce fut facile…

Cela fait 60 ans que je suis dans Lanaudière. J’ai quitté le Saguenay avec 6 enfants, j’ai eu mon 7e une fois arrivée à Lachenaie puis on a pris un logement à Charlemagne. Nous étions bien mais comme j’attendais un 7e enfant, il a fallu déménager à nouveau. On s’est installée à Repentigny, rue Notre-Dame. 

Tu vieillis comme tu as vécu, moi j’ai appris à me débrouiller et prendre ma place. C’est peut-être la raison pour laquelle je peux dire que je suis bien avec ce que j’ai aujourd’hui.

La suite des choses

J’habite dans ma maison et c’est ici que je veux finir mes jours, à moins d’être obligée d’aller à l’hôpital mais ça, on peut rien y faire. Y’en a juste un qui ‘run’ ça en haut. L’aide à mourir ce n’est pas pour moi, je partirai quand ce sera le temps.

Richard mon fils qui a 66 ans, vit avec moi. Il était mariée et sa femme l’a laissé. Je suis allée au-devant lui quand je l’ai appris et je lui ai offert de venir vivre avec moi. Je lui ai donné la maison à condition que je puisse y rester jusqu’à la fin. On a passé chez le notaire et tout est en ordre. Il s’est fait une chambre au sous-sol parce qu’il ne voulait pas me déranger. Je suis très heureuse. Je suis au paradis ! Je sais que j’ai beaucoup de chance. Ma grande amie avait 88 ans quand elle est tombée malade, elle a dû être hospitalisée. Quand elle est sortie sa fille lui avait réservée une place dans un CHSLD. Au bout de 15 jours elle est décédée, elle n’aimait pas ça et elle en est morte. Et il y a toutes ces familles qui ne prennent pas soin de leurs vieux. Ma voisine a vendu sa maison quand son mari est décédé. Elle voulait se rapprocher de sa fille et a déménagé pour être plus près d’elle, à Montréal. Mais ça ne se passe pas comme elle l’espérait. Sa fille lui paye une petite pension, mais comme c’est une joueuse compulsive, c’est difficile. 

Aujourd’hui en paix avec son passé, Georgette est pleinement consciente non seulement de sa ‘chance’ et combien elle est privilégiée, mais aussi du malheur qui ont frappé certaines de ses proches. Lucide et déterminée, c’est elle qui a choisi le scénario de ce qui lui reste à vivre et elle savoure chaque moment. 

Bravo Madame LAMOTHE.