Gilles DUBÉ est en mission. Cela fait 27 ans qu’il couvre les événements promus par des organismes à but non-lucratif (OBNL) de la Municipalité régionale de comté de Montcalm. Cette MRC compte 10 municipalités dont Sainte-Julienne où Gilles habite depuis près de 30 ans. Ce territoire et sa communauté, Gilles l’a à cœur. Il dira que peu de médias font aujourd’hui la promotion du communautaire. Il en a fait son cheval de bataille.
La vieillesse ?
Cette année j’ai songé à prendre une semi-retraite mais parfois je pense que c’est peine perdue. J’adore ce que je fais, surtout les rencontres. J’aime le reportage, l’écriture, ce n’est pas tant un travail qu’une passion. De toutes les façons j’ai besoin des gens.
J’ai d’abord couvert l’actualité des OBNL avec L’Express pendant 10 ans, puis j’ai créé le journal Plume Libre Montcalm. Nous avons près de 40 000 visites par semaine. On ne parle pas assez de l’entre-aide et la bienfaisance et ce que font les OBNL n’est plus considéré d’intérêt public. Je crois que nous faisons un travail honnête. Nous allons souvent au Centre d’action bénévole et nous croisons des ornithologues, des peintres, des ainé.es à la retraite…c’est assez fabuleux de voir tous ces gens se définir par de nouvelles activités une fois que leur carrière est terminée.
Je dis aux plus jeunes, si tu ne veux pas mal vieillir, organise-toi pour être indépendant financièrement. Quand tu n’as pas de dettes tu es riche. Aujourd’hui notre maison est payée et cela me donne la liberté de faire ce que je veux, ce qui n’était pas le cas étant plus jeune. À 25 ans j’étais gérant à Toronto et je gagnais cinq fois plus qu’aujourd’hui mais je n’étais pas libre. Puis j’ai changé de rythme. J’ai pas mal tout fait, travail dans les bars, les restaurants. Je ne manquais aucune opportunité. J’ai toujours eu du plaisir à faire ce que j’ai fait et je crois que le fait de changer souvent aide à mieux vieillir. Et puis quand on s’amuse on peut faire tellement plus…
En vieillissant on apprend à faire des choix éclairés, sinon honnêtement, on a rien compris. Ne pas accepter tout ce qui est lourd, dérangeant, savoir dire non fait partie de cette philosophie de vie. J’ai le réflexe de couper court quand c’est nocif ou toxique. Je détecte la personne avec qui je ne dois pas développer davantage. Tu gardes ainsi ton énergie pour toi et la première chose que tu réalises, tu ne te sens pas vieillir.
La suite des choses ?
Je voudrais vieillir et mourir dans notre maison, mais on ne décide pas toujours. Tout ce que je sais est que la journée qu’on va me changer de couche et qu’on va me faire manger, ce sera fini. Je ne veux pas aller en résidences, même si les planchers sont en marbre…On parle des belles Maisons des ainé.es mais ce sont pas la couleur des murs qui rende la vie plus belle, il faut du personnel et qu’il soit dévoué. Tout cela devient bien compliqué pour rien.
Mes parents sont décédés rapidement et c’est tant mieux. Il faut savoir quand la vie achève. J’ai souvent été témoin de familles qui s’entredéchiraient, certains s’accrochant au fait qu’un parent n’était pas prêt pour partir. C’est horrible. Je sais que je vais partir à un moment donné, cela ne me fait pas peur. J’ai répondu présent à toutes les opportunités, j’ai fait tout ce que j’ai voulu. Quand c’est fini, c’est fini, on se reprendra dans une autre vie pour faire autre chose.
La solution existe
La question de l’habitation est au cœur des enjeux concernant vieillesse. Ce qui existe est aliénant, mais il y a des solutions.
J’ai vu un reportage sur un projet de petites maisons construites sur un même terrain, chacun ayant assez d’espace pour avoir sa propre intimité et où les propriétaires partageaient des lieux communs, comme une petite salle communautaire, un jardin. Un tel projet d’habitation peut aussi être éco-responsable avec des transports songés – 1 ou 2 voitures à la disposition de tous, l’organisation de livraisons pharmacie, nourriture à un seul endroit et une seule fois au lieu de transport multipliés avec un seul occupant par voiture. Et qui dit qualité de vie dit accès à une nature peu importe sa forme, contrairement aux bâtisses RPA – RI – CHSLD et compagnie où le stationnement est le principal espace extérieur…sans arbres et sans vie…
Un tel complexe peut aussi inclure des services en santé ou autres. Et puis il y a le « troc ». Les occupants ayant développé une expertise de par leur profession dans le passé peuvent fournir des services à l’ensemble de la communauté, que ce soit la menuiserie, la mécanique, les soins, le management…chacun donnant un certain nombre d’heures à titre bénévole.
Plusieurs nouveaux maires sont intéressés à ce qu’un changement systémique ait lieu mais il faudra d’abord une volonté politique, car cela se fera inévitablement au détriment de cette ‘industrie de la vieillesse’ qui pour le moment rafle tous les contrats.
Regrets, moments marquants ?
Aucun regret, peut-être celui de ne pas avoir eu d’enfant, mais c’était une décision réfléchie. Nous sommes arrivés ici j’avais 27 ans et sommes allés chercher un chien que j’ai fini par donner parce que j’avais trop à faire. Ma vie a été marquée par le changement et avoir l’œil ouvert sur des opportunités. Je n’aurais pas pu avoir des enfants en tous les cas, être assez présent pour eux. Avec le temps je me suis forgée une famille avec les gens que je côtoyais, au jour le jour. J’ai mes frères mes sœurs avec qui je suis proche, mais nous sommes tous indépendants. Je trouve d’ailleurs que la dépendance affective ou matériel est un des pires maux qui afflige notre société.
Perception de la vieillesse
Les personnes vieillissantes manquent de contact avec les plus jeunes. Je suis chanceux parce que je couvre des événements organisés par des OBNL composés majoritairement d’une clientèle jeune. C’est plaisant. Souvent les personnes âgées sont prises dans leurs petits cercles, elles réussissent à s’amuser mais c’est à huis clos. Il faut faire en sorte qu’il y ait plus de projets réunissant différentes générations comme celui de l’habitation que je mentionnais plus tôt.
La place des vieux
On mérite tous d’avoir une vie qui vaille la peine d’être vécue, jeune ou vieux. Le manque de main d’œuvre pourrait contribuer à ce que les personnes âgées puissent se sentir utiles. Aux États-Unis cela fait longtemps que tu vois des personnes d’un âge certain, même 80 ans servir le public, être emballeur dans un supermarché. J’ai passé 160 journaux tous les matins, je rencontrais du monde et j’aimais ça. Il n’y a pas de sot métier et l’Homme est un être grégaire ne l’oublions pas.
Alors vivement des solutions structurantes qui permettront l’échange et la solidarité.
