Joane MOTARD et Gilles CÔTÉ habitent une maison construite par le père de Gilles, Louis Côté, qui prenait alors sa retraite et qui voulait un dôme géodésique, un peu comme un ballon de soccer mais avec des calculs précis. À l’époque, en 1974, il y avait un certain engouement pour ce genre de construction. Les dômes sont aujourd’hui plus rares. Cette maison à aire ouverte où le son voyage librement est à l’image de ce couple, ouvert d’esprit, lucide et grand amoureux de la nature.
Gilles – C’est notre maison. Nous y avons vécu essentiellement la moitié de notre vie. Nous sommes arrivés en 1987. Nous avions deux enfants en bas âge, deux jumeaux. Aujourd’hui ils ont grandi, notre garçon habite non loin d’ici et notre fille à Coaticook dans l’Estrie, mais nous conservons de merveilleux souvenirs de notre vie de famille passée ici. D’ailleurs c’est la maison qui nous a amenés dans ce coin de pays. Mon père habitait à Montréal et désirait vendre l’endroit qu’il appelait alors son chalet. Nous habitions à Montréal et nous avons voulu offrir la campagne à nos enfants. Saint-Cléophas s’y prêtait admirablement bien.
La vieillesse ?
Gilles, aura eu 72 ans en septembre 2022 et dira d’emblée ne pas réellement s’apercevoir d’avancer en âge. Joane a trois ans de moins que son époux. L’endroit qu’ils habitent est un havre de paix pour ce couple qui n’a pas d’appréhension à court terme face au vieillissement. Le milieu de vie aurait-il une influence sur la façon dont nous entrevoyons la vieillesse ? À écouter Gilles et Joane il serait facile d’y croire.
Joane – Je pense qu’en se ‘ménageant’ on peut faire tout ce qu’on veut. Nous faisons du camping, on couche par terre, on fait des randonnées en montagne… On est peut-être plus lents, mais on y arrive.
Gilles – il y a des choses comme du travail physique intensif que je ne fais plus. Comme dans le jardin, le rythme est différent. Nous ne sommes pas dans une conviction de quoique ce soit, on fait ce qu’on a à faire, c’est tout.
La suite des choses ?
Gilles – On ne peut pas prédire l’avenir, ni entretenir des certitudes sur comment seront nos derniers jours. Disons simplement que j’ai peu d’espoir que le système en place change, nous devrons faire au mieux le moment venu. De façon plus globale c’est assez décourageant, avec la crise climatique, les guerres et les effets économiques sur le niveau de vie, ceux sur les écosystèmes, tout cela ne sera pas sans conséquences.
Joane – Cela fait déjà quelques années que j’y réfléchis, je sais où je ne veux pas finir mes jours et ce n’est pas dans un CHSLD. Si j’en suis là, il y a des plans B pour éviter un tel sort.
Milieux de vie ?
Je mentionne parfois à mes amis, à ma belle-sœur que nous gagnerions à nous regrouper. Il y a des exemples de belles réussites ailleurs dans le monde où les gens se rassemblent sur un même lot de terre pour y construire leur propre lieu d’habitation. C’est plus facile d’y vivre.
On garde notre chez-soi tout en partageant des espaces communs, comme une grande salle pour manger ensemble si l’on veut. D’autres espaces peuvent être dédiés aux activités que nous aimons faire, comme pour moi le tissage; certains voudront s’adonner à l’ébénisterie, à l’entretien d’un potager. La grosse différence avec un tel concept est que tu n’es plus seul pour faire tout ça. Il est aussi plus facile à plusieurs de se payer des services, une infirmière qui vient, etc. C’est un beau projet, un nouveau départ. Ce serait une belle façon de vieillir.
Moi ça m’intéresse. Cela fait quelques années que j’en parle sauf que d’en parler ne suffit plus, les années passent et il faut agir avant d’être trop vieux.
Rétroviseur ?
Gilles – C’est sûr qu’il y a toujours des choses qu’on aurait pu faire autrement. On a quitté des endroits, des gens…parfois on revient sur ces décisions. J’ai fait toutes sortes de choses professionnellement mais avant de prendre ma retraite j’ai été directeur du CRE à Joliette pendant 17 ans, j’ai vraiment aimé. Cela a été en même temps très éclairant pour la suite des choses.
Joane – Ça prendrait mille vies pour faire tout ce qu’on a voulu faire. On a fait des choix et on les assume. J’ai eu mes enfants à l’âge de 30 ans, j’ai adoré mon travail d’enseignante. Parfois je me dis que peut-être je pourrais contribuer, mais la technologie prend trop de place dans l’enseignement, ce n’est peut-être plus pour moi.
Perception ?
Gilles – La perception des personnes âgées est que ce groupe d’âge a besoin de services. On ne voit pas ce que les aînés peuvent apporter, plus ce qu’ils en coûtent à l’état. On les met dans des résidences soi-disant pour des raisons de sécurité. Par contre je crois que la pandémie a un peu égratigné le vernis des RPA, que la mode est en train de passer. Il y a 20 ans les gens vendaient leur maison à 70 ans pour aller vivre dans ce qu’ils pensaient être de petits châteaux. Je n’ai pas l’âme militante au niveau de la vieillesse comme je l’ai eue pour l’environnement, mais cela ne m’empêche pas d’observer.
Joane – Certaines personnes âgées continuent à travailler, peut-être pas à 100%, mais un bon nombre le font par besoin ou pour contrer la solitude. Cela peut être perçu de façon négative par les jeunes qui trouvent qu’ils ont ‘’fait leur temps, qu’ils devraient partir’’ . La pénurie d’emploi changera peut-être cette perception.
Les vieux ont-ils la place qu’ils méritent ?
Gilles – J’ai du mal avec toute cette notion de mérite. Le qui mérite quoi…je ne sais pas. Ce sont les gens qui sont dans la force de l’âge et qui travaillent qui sont aujourd’hui les piliers de la société. Les gens de 80 ans sont intéressants et peuvent transmettre une certaine connaissance, mais ce ne sont pas exactement les « piliers ». Chacun a sa place et le mérite qu’il lui revient.
