Les confidences d’Hubert
Nous avons rencontré Hubert et Nicole à leur domicile par une magnifique journée de printemps. Hubert se livre plus facilement que Nicole qui prendra plaisir à écouter nos conversations blottie confortablement sur la chaise berçante construite par Monsieur Coutu, le père d’Hubert. Après 50 ans de vie commune, pour ce couple soudé, chacun à sa place tout en faisant place à l’autre. D’entrée de jeu, Hubert nous confiera qu’il est touché, parce c’est si rare qu’on demande l’opinion des personnes âgées sur le sujet qui les concerne pourtant, la vieillesse…
Les étapes de la vie
Chaque étape de la vie à ses particularités. Pour l’enfance c’est la découverte, on associe la fougue à la jeunesse et l’action à l’âge adulte. Quant à la vieillesse, on dira que c’est la contemplation. Ce que je déplore c’est qu’on ne cesse d’attribuer les qualités de jeunesse à la vieillesse: un vieux qui est en santé n’est pas un ‘vieux qui fait jeune’, mais un vieux qui va bien. Tous les âges ont des âges d’or, nous sommes tous l’ainés de quelqu’un!
Parmi toutes ces étapes de l’enfance, de la jeunesse, de l’âge adulte et de la vieillesse, c’est seulement la VIEllesse qui contient le mot VIE.
Aimer la vie c’est l’aimer comme elle est, elle est débutante, montante puis, descendante. C’est dans l’ordre des choses et c’est très bien ainsi.
Accueillir la vieillesse
Vieillir c’est non pas seulement accepter que tu sois arrivé à cette période de vie, mais c’est de l’accueillir. Ce qui aide, c’est de rester curieux. Comme moi, je voyage sans problème, si je n’ai plus la force des voyages je peux admirer des paysages sur Internet, voyager sans me fatiguer. Hier j’ai assisté à une conférence à la Sorbonne dans le confort de ma maison.
Un des avantages de la vieillesse est que tu as du temps. J’entends les gens parfois dire : « Ah…je ne marche pas vite ». Mais ralentir ne veut pas dire s’arrêter, juste qu’on a plus de temps pour faire les choses.
Être entouré
Nous on vit dans un quartier. Il y a des garderies, on aime voir passer les petits-enfants, cela nous rend heureux. Cette vie de proximité, de quartier s’est défaite au cours des ans; l’argent a tout faussé, chacun sa cours, sa piscine…. Et puis un jour on se sent seul. Avec Nicole on ne veut pas de cette vie-là.
Bien vivre nos dernières années
Cela fait 50 ans que Nicole mon épouse et moi sommes ici. Il y en a qui ne peuvent pas, ou ne veulent plus continuer à voir à leurs besoins de base, comme se faire à manger, mais au lieu de les mettre dans ces maisons qu’on appelle ‘milieux de vie’ on pourrait organiser des services les aidant à rester dans leur maison. Mon souhait est bien sûr de rester chez-nous. Quant à ceux qui qui se retrouvent dans des résidences pour ainés par choix ou par dépit, il faut les aider à avoir des projets, pas juste les mettre là à attendre la mort.
Aujourd’hui on peut décider de la date de naissance des enfants, avant, nous n’avions pas le droit. Alors pourquoi ne pas décider de celle de la fin de nos vies?
Autrefois la religion permettait de mieux apprivoiser la mort, on la voyait presque comme une autre vie, on allait y retrouver notre monde. Cette phase là de l’espérance religieuse n’existe plus et les gens ont ramené cette ‘notion d’espérance’ au niveau de la durée. On s’acharne à faire durer la vie coûte que coûte ce qui est encouragée par la pharmacologie qui permet cette prolongation. Et dans les maisons de vieux dites de ‘soins prolongés’ la pilule est devenue religion. Je ne veux pas de cette fin de vie-là, Nicole non plus; notre désir est de mourir dans cette maison, mais avec de bons services et c’est possible.
Vous savez, quand on commence à penser qu’on a un certain contrôle sur notre mort, on est bien plus vivants.
Il y a des endroits qui encadrent bien la vieillesse. Ici où j’habite, à Sainte-Mélanie ce sont trois infirmières qui gèrent la résidence ; on a un monsieur qui nous aide. Cela me convient.
Ce n’est pas tant le lieu mais de se sentir entouré qui compte.
Au sortir de cette chambrette, loin des yeux de Régine qui voient au-delà des apparences, je n’avais fait aucun constat précis sur la vieillesse, sauf que certains acceptent l’intolérable et s’en trouvent plus fort. Vieillir sans regret, sereine et sans attente serait-elle chose possible ? A écouter Régine je commence à croire que oui, peut-être. Régine accepte parce qu’elle comprend, qu’elle situe son chemin de vie à l’intérieur d’un tout, qu’elle voit en l’espérance non pas une bouée de sauvetage mais une façon dynamique de vivre chaque jour comme le dernier, intensément….
