À 70 ans je m’organise pour vivre au maximum, me disant que je n’ai aucune idée de ce que sera demain

PHOTO : Jacques NADEAU

Louise POIRIER défie le temps. Sportive, et impliquée auprès de différents organismes, elle a des idées sur la vieillesse qui peuvent étonner. Ses propos sont parfois incisifs, mais toujours lucides.

Vieillir a deux visages.

La vieillesse c’est d’abord avoir du temps, la liberté de dire ce que j’ai à dire, avoir des petits-enfants qui me gardent jeunes, qui s’intéressent à moi, m’impliquer dans des causes que je choisis, mener ma vie comme je l’entends. Mais en revanche vieillir représente une perte continuelle et c’est inéluctable. Personne n’est à l’abri et le changement s’opère tout doucement. Ce qui est le plus difficile est de ne pas savoir jusqu’à quand on continuera d’être autonome. À un moment donné tout peut s’arrêter : conduire ton auto, aller au spectacle, faire des voyages, t’occuper de tes petits- enfants. Une maladie se manifeste et c’est fini. La vieillesse peut aussi faire peur, surtout quand tes besoins de base ne sont pas comblés comme être en bonne santé, pouvoir te déplacer, entretenir une vie sociale, avoir des loisirs… C’est pour ces raisons qu’à 70 ans, je m’organise pour vivre au maximum, étant consciente bien sûr que je n’ai aucune idée de ce que demain me réserve.

Le destin

Quand je regarde dans le rétroviseur, je peux dire que j’ai eu la vie que je voulais, sans regret et sans rêves inassouvis. Mes parents, Gérard et Jacqueline Poirier m’ont appris l’importance de redonner à la communauté; je me suis impliquée à différents niveaux et continue de le faire. J’ai été libre dans mes décisions, ce qui n’a pas empêché le destin de frapper dur. Mon frère Gilles est mort en 1976 dans un naufrage au large de Percé faisant 11 victimes. Il avait 27 ans. Son départ prématuré a fait que j’ai voulu vivre encore plus intensément. J’ai eu un cancer du sein avec reconstruction mammaire. Cela fait dix ans et je m’en suis sortie. Mon leitmotiv pour rester jeune est de tenter constamment de me renouveler, d’accepter des défis et de rester ouverte d’esprit. Me tenir en forme est essentiel pour moi; j’aime penser que cela m’aidera à vivre plus longtemps.

Demain

Je ne m’identifie à aucun des ‘milieux de vie’ offert et pour le moment. Juste de penser que j’aurais à vivre dans un RPA ou un CHSLD me rend malheureuse. Nous les babyboomers, n’avons pas le même parcours de vie que celui de nos parents. Le gouvernement aurait intérêt à saisir le fait que notre génération veut vieillir comme elle a vécu. Pour cela il faut revoir le système en place, le rendre plus adapté à nos aspirations.

Il faut considérer le fait que nous allons tous arriver en même temps au stade où la plupart d’entre-nous aurons besoin de services et de soins pour certains. Même si des projets ambitieux comme les Maisons des ainés voient le jour, il n’y aura pas assez de place pour nous tous, sans compter l’épineuse question de la pénurie d’emploi qui est loin d’être réglée.

Je dirais plutôt aux politiciens : pensez à ce que vous, vous voudriez avoir comme encadrement dans la vieillesse, pas en fonction de la génération qui vous a précédés.  

Ce qui est important est d’avoir des milieux de vie qui nous ressemblent et qui reflètent des valeurs d’entraide et de partage. Cela peut être des coopératives ou encore, des modèles d’habitation intergénérationnel. Le maintien des soins à domicile est aussi important, beaucoup le demande. Pour ma part j’aimerais participer à un projet d’habitation avec des gens avec qui j’ai des affinités, partageant des aires communes, chacun possédant son lieu de vie. La société aurait intérêt à appuyer cette mouvance et arriver avec des modèles novateurs.

J’AIMERAIS CONSTRUIRE QUELQUE CHOSE AVEC DES AMIS, CHACUN SON LIEU DE VIE AVEC DES AIRES COMMUNES, UNE FORME DE COOPÉRATIVE.

Il faut que la société appuie cette mouvance et arrive avec des modèles novateurs.