Dites-moi comment il est pensable de vivre avec un revenu de 642,25 $ par mois.

PHOTO : Jacques NADEAU

Lyette PERRON et le village solidaire

Résidente de Rawdon depuis 8 ans, elle y est retournée pour être prêt des siens. Une fois installée elle s’est inscrite au club de marche Les Randonneurs. Toutes les semaines elle se rend dans les sentiers où autrement, elle n’irait pas seule et l’activité lui fait rencontrer différentes personnes. Lyette marche 50 semaines par année et adore le plaisir que cette activité lui procure.

Comment entrevoit-on la vieillesse ?

Le mot vieillesse a peu de résonnance pour moi. Cela a été plus difficile quand j’ai eu 50 ans, ce que je considérais être le milieu de ma vie. Avoir 60 ans fut facile. J’étais fonctionnaire, ce passage voulait dire avoir une belle retraite, que j’ai pris à 62 ans. C’est la pandémie m’a fait réaliser que j’appartenais à ce groupe d’âge. On disait aux personnes de 70 ans de rester à la maison, c’est là que j’ai eu, pour la première fois ce sentiment que j’étais passée de l’autre côté de la clôture.

Les vieux ont-ils leur place ?

La réponse courte est non. Pendant ma vie active, j’ai été secrétaire; j’ai fait un arrêt de trois ans après avoir eu mon deuxième enfant. Je m’étais mariée jeune et en 1982 j’étais séparée et suis retournée sur le marché du travail. J’ai accepté un poste de préposée en télécommunications, c’était la seul possibilité pour obtenir ma permanence.

Près de la retraite j’ai senti la pression, comme si on avait hâte que je quitte. Je ne pensais jamais retourner sur le marché du travail après cette coupure. Ironiquement dans mon cas, c’est la pandémie qui m’y a ramenée; j’ai travaillé dans des centres de dépistage puis de vaccination et je me suis sentie appréciée, comme quoi travailler après la retraite peut faire du bien. Mais beaucoup n’ont pas le choix de travailler passé 65 même 70 ans, car bon nombre de personnes âgées vivent dans la pauvreté. Dites-moi comment il est pensable de vivre avec un revenu de 642,25 $ par mois, qui est le montant du chèque de vieillesse ? Déjà que vieillir n’est pas toujours facile, on peut sombrer rapidement dans la solitude. Des femmes qui marchent avec moi n’ont pratiquement rien fait pendant la pandémie. Aujourd’hui elles ont moins d’intérêts, c’est difficile de reprendre la vie comme avant. Je vois vraiment la différence avant et après pandémie.

Quelles sont vos réflexions et vos pensées concernant la suite des choses ? Dans quel lieu espérez-vous vos derniers jours, quelles seraient vos appréhensions et vos souhaits à ce sujet?

Il existe cette tendance lourde de mettre les personnes âgées dans des RPA[1] pour ceux qui sont autonomes ou semi-autonomes et les CHSLD pour les cas qui demandent des soins plus importants. Le problème est que je ne me vois vivre dans aucun de ces « milieux de vie ». Pendant la Covid, j’ai aidé à la vaccination dans CHSLD et des RPA, l’atmosphère était lourde, on sentait l’ennui. Pour ceux en CHSLD je me dis que parfois, ils n’ont pas le choix quand leur condition se détériore.  L’idéal dans ce cas est le soutien à domicile, mais ce n’est pas tout le monde qui peut compter sur une personne pour prendre soin d’elle. Mais il y a peut-être une solution alternative.

Ce qui serait l’idéal sera de se regrouper sur un grand terrain, chacun sa maison mais avec des aires communes pour recevoir de la visite, peindre…avoir un atelier, un bâtiment de service pour accueillir une infirmière, un jardin communautaire…bref, définir nos besoins et prendre les moyens pour qu’ils existent sans pour autant être contraints à accepter sans mot dire, les conditions imposés par un système qui ne convient pas ou pire, par une industrie de la vieillesse dont le seul but est de faire de l’argent sur le dos des ainé.es.

C’est ça l’AVENIR : pouvoir conserver son autonomie tout en vivant dans un endroit de partage, de solidarité; ne plus être seule tout en préservant une certaine forme d’indépendance.

Il y a des exemples de « villages » comme tel en Europe et cela semble bien fonctionner. Pourquoi pas au Québec? Chose certaine, je veux choisir ou aller et je ne voudrais pas être rendue trop vieille pour faire ce choix. Je ne me vois pas à 75 ou 78 ans ici, seule, dans cette maison. Même si je l’aime, il y trop d’entretien et je commence à sentir le poids du temps : après 4 heures à travailler dans mon jardin, je suis fatiguée, avant je ne l’étais pas. Je ne me vois non plus à passer mes étés à me bercer sur mon balcon. Je me donne 5 ans, mais à 75 ans, j’aurai bougé et j’espère que ce genre d’espace, de village solidaire existera.

[1] Résidences pour personnes âgées