Les soins à domicile, c’est une priorité. Notre voisin a pu garder son épouse jusqu’à la dernière minute parce qu’il a eu de l’aide.

PHOTO : Jacques NADEAU

Michel CHAMPAGNE est pêcheur depuis l’âge de 6 ans. Lui et Marielle PILON se sont mariés en 1970. Ils habitaient à Saint-Zénon. Aujourd’hui ils apprécient le domaine où ils habitent et surtout la qualité du voisinage. La complicité de ce couple se sent même avant d’entamer la conversation, les regards qu’ils s’échangent et cette bienveillance qu’ils entretiennent l’un pour l’autre fait croire que le bonheur existe.

La vieillesse ?

Michel – Ici au Domaine Morin, je peux continuer à pratiquer mon sport préféré tout en faisant profiter mes voisins de la bonne truite et du bon doré que je prends. À chaque année, avec mon fils et mon petit-fils nous allons pêcher au Barrage Gouin, on prend notre quota de 24 dorés. On le filète, puis on le congèle en attendant de recevoir la famille. Partager ralentit le cours du temps.

Marielle – La vieillesse, ça demande de la réflexion car il faut trouver un nouveau sens à ta vie. Avec Michel, nous sommes des gens de projets. Nous avons des amis qui nous ressemblent, on a de bons voisins. Mais arriver à 70 ans présentent des défis… tous ces deuils à faire. Depuis quelques années des amis décèdent, certains plus jeunes que nous. Ça me fait réfléchir sur ce que j’entends faire le restant de mon existence. Le plus difficile est d’accepter le changement de rythme.

Nous poursuivons les mêmes activités sauf que depuis deux ans, on prend des pauses. On se donne du répit.

La fontaine de jouvence…c’est l’eau…Nous avons réappris à boire de l’eau, beaucoup d’eau. L’eau, et faire de l’activité physique !

Michel – Marielle a raison. Pour y arriver on met 2 litres de côté et on le boit dans la journée. Je ne sais pas si c’est à cause de ça mais je ne me sens pas vieillir, il me semble que j’ai encore 30-40 ans dans ma tête. Je vais camper avec mon fils qui a 34 ans; ses amis sont dans la trentaine, je fais du ski nautique et du wakeboard avec eux…

Marielle – J’ai découvert la bicyclette électrique, c’est merveilleux…Cela me permet de faire des randonnées de plus de 50 km. Avant jamais je n’aurais fait ça. On pédale de la même façon mais on n’est pas essoufflé. Et il y la gratitude. Cultiver la gratitude est aussi important que de mesurer sa fréquence cardiaque. Parce que quand tu es dans la gratitude tu reconnais et apprécies ce que tu as, même si tu as peu. Et cela te remplit de joie.

Marielle – Certaines journées j’ai des pensées pour les gens qui sont dans des foyers. Ce n’est pas ce que je voudrais pour nous. Au domaine on a des voisins qui ont plus de 80 ans et qui font leur gazon, de la bicyclette. Ils sont vivants ! Il faut admettre que nous sommes privilégiés de vivre dans un tel environnement où les gens se prennent en main.

L’important c’est d’être en contact avec d’autres, de ne pas rester isolés. Je suis bien toute seule, mais à toujours l’être, tu perds ta joie de vivre. Tu as beau avoir une tablette, envoyer des messages mais l’écran demeure un écran. C’est pratique, mais ça n’a rien à voir avec l’échange en vrai que tu as avec une personne!

La suite des choses ?

Michel – Nos racines sont ici. Nous avons développé un fort sentiment d’appartenance à notre petit domaine, ce qui fait que je ne prévois pas un jour aller dans une résidence. Si on est mal pris, plus capable mentalement ou physiquement on engagera du personnel mais nous voulons rester le plus longtemps possible chez-nous. Quand je pense à tous ces argents pour construire des édifices où s’entassent les vieux.

Je dirais au gouvernement de mettre l’argent public à la bonne place, pas dans du béton mais dans du personnel, d’engager du monde qui pourrait travailler auprès des personnes âgées, ce qui leur permettrait de rester chez-elles.

Marielle – Les soins à domicile, c’est une priorité. Notre voisin a pu garder son épouse jusqu’à la dernière minute parce qu’il a eu de l’aide. Ma belle-fille est infirmière ; elle me raconte que la très grande majorité de son temps est passé à donner des médicaments, des soins alors qu’elle aimerait tellement aller plus loin dans la relation qu’elle a avec ses patients. Cela l’attriste beaucoup. Une personne, qu’elle soit à la maison, dans une résidence ou à l’hôpital va avoir des besoins différents à chaque jour, elle aura aussi envie qu’on lui parle.

Rétroviseur ?

Marielle – Je n’ai pas de regret. J’ai travaillé en garderie et j’ai adoré çà. De façon générale je me suis servie de mes erreurs comme expérience. Quand j’ai eu 65 ans j’ai fait un bilan et aujourd’hui je suis dans une période de récolte.

Le bonheur c’est pas compliqué, nous on essaie des choses simples. Aujourd’hui de vous rencontrer est un bonheur. Nous sommes enthousiastes face à ce projet qui fait appel aux personnes âgées pour savoir ce qu’elles pensent. Après tout vieillir, ça les concerne directement !

Perception des aînés ?

Michel et Marielle – C’est difficile à dire parce que nous on ne se sent pas vieux. Les gens autour de nous sont actifs et généralement de bonne humeur et surtout, il y a l’entraide. On se voit régulièrement, on s’invite les uns les autres pour l’apéro. Et puis il y a les rencontres au hasard qui font du bien; hier par exemple, j’ai passé deux heures à écouter M. Therrien qui m’a vendu ma terre à bois. Il me racontait des histoires quand il était bûcheron, qu’il faisait de la trappe. Ce fut un beau moment.

Le problème est qu’aujourd’hui les gens ne se racontent plus. Ce que je trouve difficile et aussi injuste, est que les personnes âgées ont des choses à nous dire, mais comme tout va très vite les gens n’ont pas le temps de les écouter.
Il y a du travail à faire en matière de perception des aînés, çà c’est certain.