La vieillesse
La vieillesse ? Disons que je la ressens depuis cette dernière année. Je ne réalisais pas mon âge avant d’avoir 85 ans. Y’a eu un petit pépin de santé, ça m’a frappée comme une révélation. Je me suis dit, ça y est, tu es dedans… Quand j’ai recommencé mes cours de tricot après la pandémie, c’est comme si je n’avais jamais tricoté de ma vie, j’ai trouvé çà très difficile. Mais j’y retourne. Je veux garder un certain contrôle sur ma vie. Côté activités, c’est réduit mais j’ai trouvé d’autres moyens pour y arriver, notamment en me reposant plus souvent. Du point de vue mental, encore là la pandémie ne nous a pas épargnés. De passer un deuxième Noël sans ma famille a été toute une épreuve. Un bon verre de vin de temps en temps et prendre la vie un jour à la fois, ça aide.
La suite des choses
Je vis dans ma maison et je ne me vois absolument pas habiter dans un RPA. Il faut que je me rende à l’évidence que peut-être un jour j’aurai à m’y soumettre, mais je ferai tout pour rester chez-moi, avec des soins à domicile au besoin. Pour le moment je me paye des services, je paye « à la carte » : le ménage, le jardinage, l’entretien du terrain…Tant que ça va marcher comme ça je ne pense pas à autre chose. Parfois par contre je trouve que c’est trop. Ce printemps par exemple, j’ai vu tout ce qu’il y avait à faire et j’ai été prise d’un léger découragement. Il faut dire que j’avais acheté beaucoup de fleurs qui demandaient d’être plantées. J’ai dû attendre qu’une personne puisse venir m’aider. Attendre. Il faut constamment attendre que l’aide dont tu as besoin vienne. La vieillesse vient avec son lot de dépendance.
Les milieux de vie
Je pense que la personne âgée perd beaucoup à être déracinée et se trouver dans des lieux ‘préfabriqués’. De nous parker, c’est pas drôle. On perd nos repères. Ma sœur a vendu son condo juste avant la pandémie pour aller vivre dans une ‘belle’ résidence. Elle ne quitte pratiquement pas son appartement. Elle n’est pas du type sociable, alors j’imagine que ce genre d’habitation ne lui convient pas. La dernière fois elle m’a dit qu’elle ne s’ennuyait pas. Difficile de savoir si c’est le cas.
Cela m’a fait réfléchir et je me suis posée la question à savoir qu’est-ce que je ferais de mes dix doigts dans une résidence. J’irais peut-être vers les autres, ou je me laisserais mourir d’ennui…je ne sais pas. Le gouvernement nous donne maintenant la Maison des aînés comme solution, mais ça va coûter tellement cher, il doit y avoir d’autres moyens.
Rétroviseur
À la maison nous étions quatre enfants, nés de deux mères différentes. Suite au décès de ma mère, mon père a attendu sept ans avant de se remarier. Il pleurait beaucoup, il était très émotif. J’ai probablement hérité de çà…Le départ de mon mari m’a bouleversée.
Noëlla s’est livrée avec une telle candeur, qu’il était quasi impossible de ne pas se glisser dans sa peine alors qu’elle nous parlait de son défunt mari.
Mon époux et moi avons été mariés pendant 57 ans. Il est décédé en 2015. Je sens encore sa présence. Ma plus grande joie est quand mon fils Jacques est né; j’avais 24 ans. Aujourd’hui il a 63 ans et est père de trois beaux enfants. Ma petite-fille a 34 ans et va avoir un bébé. À l’automne nous aurons trois petits-enfants. Ce dont je suis le plus fière, c’est ma famille.
J’ai la chance d’être tellement bien entourée, ce qui fait que je ne sens pas trop la vieillesse. Je ne suis pas encore trop ‘handicapée’ par la vie, disons que l’âge ne parait pas trop. Mais il faut faire attention; il est important de ne jamais cesser de nourrir sa force intérieure pour passer à travers ce que la vie nous donne comme épreuves.
La place des vieux
Les personnes âgées ne sont pas valorisées. Des gens qui ont travaillé fort sont aujourd’hui laissés pour compte alors qu’ils ont encore beaucoup à donner.
Nous avons à apprendre en observant les autres. Dommage que les ‘vieux’ soient mis de côté, alors qu’ils représentent une force unique, celle de la maturité.
