Jeannine BISSONNETTE et Réjean GAUTHIER ont tous les deux le même âge ; ils sont mariés depuis de nombreuses années. C’est Jeannine qui se livrera en premier, souvent en parlant de son conjoint. Complices septuagénaires, ils disent mener une vie tranquille, ponctuée par des préoccupations bien réelles concernant la suite des choses.
Les propos de Jeannine
Sur la vieillesse – Je n’aime pas tellement me voir vieillir mais je fais avec comme on dit. Réjean trouve cela dur beaucoup parce qu’il a perdu des personnes qui lui étaient chères ces dernières années. Mon mari est une personne humble, il a du mal à se voir pour les choses qu’il accomplit, l’aide qu’il donne aux gens. Je sais qu’il se sent valorisé quand il le fait. Une dame qu’il amenait à ses rendez-vous médicaux est décédée dernièrement, cela l’a affecté.
Vieillir c’est aussi vivre avec la perte des gens auxquels on tient, soit par la mort ou dans d’autres circonstances. J’ai perdu une amie, elle a décidé de mener une autre vie et ne me parle plus. Ce sont tous des deuils qu’on accumule l’un après l’autre et qu’il faut gérer. En regardant dans le rétroviseur – De façon générale on ne peut pas se plaindre, on a eu une belle vie.
Ce qui a été difficile dernièrement fut de perdre le frère de Réjean de façon tragique; il s’est pendu, à 59 ans. Il ne voulait pas se rendre à 60 ans. Il avait toujours été fragile, Réjean l’est aussi mais il me rassure en me disant qu’il n’irait pas jusqu’à poser un tel geste.
Sur les milieux de vie pour aînés – J’irais volontiers dans une résidence, je ne suis pas solide sur mes jambes, je perds l’équilibre et je pense que cela serait rassurant pour moi. Nous ne sommes pas vieux quand même. À 72 ans il y en a qui sont en forme, ce qui n’est pas exactement mon cas… Réjean pense différemment pour le moment, mais je suis certaine qu’il envisagera cette possibilité si on est rendu là.
Les vieux et la place qu’ils méritent – C’est à nous de la chercher, il faut trouver notre place.
Les propos de Réjean
La vieillesse – Pour moi c’est arrivé quand j’ai cessé mon emploi. J’ai eu de la misère à m’en remettre. Je travaillais pour une compagnie et j’étais constamment sur la route, j’ai vraiment aimé ça. Puis un jour on m’a transféré dans les bureaux, pour assister aux événements spéciaux. Ça a duré deux ans. Je me suis déchiré le ligament du genou, les bureaux étaient situés au 2e étage. J’ai cessé de travailler. s’ensuivit une dépression car pour moi on venait de m’amputer d’une partie de ma vie.
Je pense que la mise à la retraite devrait se faire graduellement, pas de façon abrupte. Je me suis repris en main entre autres grâce au bénévolat. J’aide les personnes âgées en les accompagnant lors de leurs rendez-vous médicaux. Je fais aussi partie d’un club de bowling depuis 40 ans. Ce sentiment d’appartenance est d’un réel soutien pour moi.
Sur les milieux de vie pour aînés – Je préfère rester dans mon logement tant et aussi longtemps que je serai autonome. Si je deviens invalide je n’aurai pas le choix. Je devrai partir. Je me dis que si une résidence est bien gérée, que je peux y avoir du plaisir, que je suis capable de communiquer avec les personnes qui sont là, oui, je pourrais considérer un tel milieu de vie. Les soins à domicile ne règlent pas tout et c’est parfois ardu d’y avoir accès.
À Mascouche, où on habite, il y a des personnes qui occupent encore leur logement, qui ont besoin d’aide mais qui sont laissées à eux-mêmes. Vivre au jour le jour. C’est ce que nous avons de mieux à faire.
