C’est aussi ça le respect: faire à autrui ce que tu ferais pour toi.
PHOTOS : Jacques NADEAU
L’Accueil Saint-Roch en bref
L’Accueil Saint-Roch accueille un nombre limité de résidents par choix, pour mieux s’occuper d’eux. Formule tout inclus à un prix raisonnable, la résidence bénéficie du programme du crédit d’impôt offrant une réduction sur des services. Le personnel infirmier accompagne au quotidien et assure la sécurité et le bien-être des résidents. Un chef cuisinier et son équipe préparent tous les jours des repas équilibrés adaptés au besoin selon la condition du résident. L’accueil offre des formules d’hébergement pour convenir à différents budgets, de la chambre simple aux suites pouvant accueillir des couples; chaque unité possède une salle de bain complète équipée d’un système d’appel d’urgence. On peut meubler la chambre selon ses envies, l’important est de se sentir chez-soi !
Rencontre avec Françoise BENCHIMOL, propriétaire de l’Accueil Saint-Roch et ‘maman des résidents’
L’accueil Saint-Roch est une résidence pour ainés qui accueille des personnes en perte d’autonomie. Sa directrice, Françoise BENCHIMOL y arrivait en 2005, il y a 17 ans. Pour cette dame en « mission » qu’on nomme affectueusement « maman des résidents » on n’accueille pas un résident mais une famille. De là l’importance de créer un lien de confiance avec tous les gens impliqués, chose qu’elle fait avec succès si on en juge par l’atmosphère qui régnait lors de notre passage. Françoise s’est livrée sans réserve lors de notre entrevue et surtout, a réussi à nous faire sentir son affection pour ‘ses’ résidents.
La priorité est bien sur les soins et l’encadrement, mais également importante je dirais est l’ambiance. Par exemple, de pouvoir offrir des séances de musique à nos résidents est primordial. Les participants renouent avec des émotions parfois ancrées au fond d’eux et qu’il fait bon de faire rejaillir; que ces émotions soient positives ou négatives, ça fait du bien. Cela permet de s’exprimer et ça prouve simplement qu’on est vivant. C’est bon pour l’estime de soi, chanter fait travailler sa respiration, on oublie ses petits bobos.
On parle souvent de l’isolement des personnes âgées et la musique aide énormément à recréer le social. Vous savez le chant, c’est ce que nous avons en commun, peu importent nos âges : quand on berce un petit bébé on l’endort, quand on est seul on chante pour créer une présence, on chante à plusieurs…
Nous avions mis sur pied une chorale. À une époque où nous avions plus de bénévoles, cela a été possible. Nous avons même fait une représentation à l’église de Saint-roch; toutes les familles étaient là. on avait décidé que nos résidents porteraient une belle chemise blanche, j’avais acheté des petites bouquetières pour chacun, les préposées s’étaient levées très tôt pour faire des petites frisettes…Ce fut un grand moment. Je me dis que rien n’est impossible, on va même aux pommes à l’automne…
Mon papa était un des premiers en France à mettre sur pied une résidence accueillant des aînés jusqu’à leur perte totale d’autonomie; il est maintenant à Valleyfield. J’ai en quelque sorte emboité le pas; nos résidences sont privées, mais conformes au niveau de qualité exigé par les gouvernements. C’est normal, on doit protéger nos ainés. Mais ces règles qu’on nous impose sont par contre conçues pour des lieux plus grands ou plus institutionnels, comme les CHSLD, ce qui représente un défi pour nous.
Nous sommes de 20 à 25 employés prenant soin de 57 personnes. Je ne veux pas aller plus loin en termes de capacité d’accueil: je suis capable de croiser mes résidents et les appeler par leur nom. À un moment donné, j’ai pensé ouvrir une aile qui servirait nos résidents en perte cognitive et vivant leur dernière tranche de vie. Le manque de personnel est la raison pour laquelle cela ne s’est pas fait. On vit avec des enjeux de personnel majeurs depuis 2017, j’essaie d’interpeller les maires des régions mais ce n’est pas évident.
Quand j’arrive ici, je rentre chez moi, je suis capable d’embrasser mes résidents, ils sont agréables de compagnie, ils portent des vêtements propres et ils sentent bon…C’est aussi ça le respect: faire à autrui ce que tu ferais pour toi.
Avant, j’ai travaillé dans un environnement qui accueillait des centaines de personnes. Peut-être y’a-t-il moyen de rendre de tels endroits vivables dans le sens que les résidents s’y trouvant ne se sentent pas perdues…
Il faut surtout éviter qu’ils soient déménagés suite à d’évaluation des services sociaux. Parce qu’il n’y a rien de pire pour un être déjà émotionnellement hypothéqué que d’être déplacé à répétitions.
Dans des lieux d’une telle dimension peut-être pourrait-on créer des circuits où les personnes auraient leurs mêmes préposés, dans un environnement qu’ils reconnaissent. Pour ma part je suis bien avec celui que nous offrons parce qu’il reste à l’échelle humaine et traduit les valeurs que nous préconisons, soit le respect de la dignité de chaque personne s’y trouvant.

