Un parcours éclectique, des défis à la pelle, des projets qui se succèdent à un rythme étourdissant traduisent la vie de cet homme généreux aux multiples talents. Musicien, écrivain, informaticien, bibliothécaire, trippeux, Robert est tout sauf ennuyeux et la vieillesse est pour lui un concept qu’il intègre comme un projet, avec détermination et surtout, une grande ouverture d’esprit.
C’est quoi la vieillesse quand on est jeune à 71 ans ?
Un monde étrange. Un matin j’ai réalisé que dans toutes les réunions où j’allais, j’étais le plus vieux. Je suis toujours avec des jeunes ; je fais de la musique, c’est normal, mais j’ai l’âge de leurs parents. Je vis un paradoxe.
Je ne sens pas vraiment la vieillesse parce que mon style de vie m’a toujours préparé à me renouveler.
J’ai n’ai pas faire carrière au même endroit, j’aime bâtir des choses, mettre de la couleur dans ma vie, améliorer mon milieu. Mais quand un projet est sur les rails, je vais ailleurs. Être en mouvement fait qu’on ne sent pas le temps qui passe, mais il passe quand même et les années s’additionnent…
En 1995 j’ai mis le projet Connection Lanaudière sur pied, un portail régional avec un énormément de contenu dans le cadre de l’Inforoute. Je venais de graduer de l’UDM avec une maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l’information. À l’époque il y avait tellement d’argent pour monter des projets. Nous avions un laboratoire d’informatique portatif. On a acheté une petite van avec une petite coupole sur le toit, 10 portables, on faisait de la formation. J’ai créé des cafés Internet. Des gens sont venus me chercher, j’en ai ouvert un peu partout au Québec, dans les écoles, les bibliothèques. J’ai passé une dizaine d’années à faire ça, j’ai gagné des prix, une vraie folie. Les contraintes sont arrivés, l’argent se faisait plus rare. J’ai trouvé un remplaçant. J’ai pris une année sabbatique, puis ai dit adieu au monde de l’informatique pour devenir diffuseur de spectacles à Repentigny, j’organisais des concerts de musique classique et de jazz.
Il faut revoir notre vision de la vieillesse et des loisirs.
Je suis arrivé à Saint-Didace à ma retraite et un poste de bibliothécaire s’ouvrait, j’ai accepté le défi. Depuis, on a organisé plein d’activités culturelles, une sortie à la Maison symphonique de Montréal, au Musée des beaux-arts… Ça change et les personnes âgées de la municipalité cherchent maintenant autre chose à faire que de jouer à la pétanque…
Autre secret de faire perdurer la vitalité : maintenir le rythme.
Je continue à travailler sur des projets personnels qui m’animent. Ma blonde à 71 ans. Nous sommes tous les deux adoptés. On pense que ça fait 71 ans qu’on se connait car on était à la même crèche pendant les 4 premiers mois de notre vie. C’est notre légende. J’ai cherché à connaître mes ancêtres biologiques. Mon grand-père était syrien, j’ai trouvé mon père sur une notice chronologique. Alors j’ai écrit un livre, 300 pages.
La suite des choses
Il y a un voile qui plane au-dessus de nos têtes. Je vis au bord du lac Thomas avec ma conjointe, il s’agit qu’un de nous deux tombe et c’est fini, il faudra déménager. Les résidences pour personnes âgées ne m’attirent pas, trop de commérage, pas assez de liberté. Cette incertitude plane au-dessus de nos têtes sans qu’on y pense tout le temps, mais la réalité est là, immuable.
La vieillesse est devenue une valeur marchande.
Ma mère a vécu dans un RPA luxueux. Ces endroits sont des projets d’investisseurs. On rêve de Maisons des ainés, mais c’est utopique, ça coûte cher. Faut garder les gens dans la communauté, favoriser de petits regroupements de personnes, développer des projets immobiliers novateurs qui témoignent d’une ouverture d’esprit.
Regrets, moments marquants ?
Je suis un gars de Mégantic, j’ai eu la plus belle enfance, des parents fortunés, un chalet au bord du lac, des filles, des chums, on faisait de la musique. Mes parents avaient un gros commerce de détail. Normalement j’aurais pris la continuité et j’aurais fait beaucoup d’argent. Ce qui m’attendait était différent, j’aimais faire de la musique. Ma mère venait d’une grosse famille, ce qui est devenu étouffant. À l’adolescence j’ai réagi très fort ; cheveux longs, rock and roll… Je me suis organisé pour aller à l’école à Sherbrooke. Ma voie était celle de la culture, toujours autour des livres, de la musique, j’avais besoin de tripper. Puis il y a eu cette période à vivre et travailler dans Lanaudière ; j’ai habité 35 ans à Saint-Thomas. Curieusement après ce grand détour, en 2012, j’ai effectué un retour à Lac Mégantic. J’ai repris la maison de mes parents. Je suis restée 5 ans et suis devenu président du Comité culturel. Je m’occupais du festival de Jazz. La catastrophe est arrivé, j’étais sur le comité de reconstruction et je peux dire que l’après-catastrophe a été pire…mensonges, pillages. J’avais travaillé sur un projet de Maison de la culture, la mairesse est partie et le tapis m’a glissé de sous les pieds. La gang d’investisseurs étaient plus intéressés à construire des condos. J’ai quitté et n’y suis plus retourné.
Place des vieux
La nouvelle génération d’ainé.es comme nous a tendance à prendre plus sa place.
Celle d’avant aura été une marchandise, on les a parkés dans des résidences. J’ai beaucoup appris sur la vieillesse en faisant des projets avec les Attikameks ; pour eux, le respect des ainé.es est une chose fondamentale. En ce moment à Saint-Didace, il y a un rapprochement avec les Premières Nations et je travaille sur un projet de rencontre, Culture locale et Premières Nations. On gagne tous à être différent.
