À cette période de l’existence, il est bon de se départir de tout ce qui est superficiel pour aller vers l’essentiel.

PHOTO : Jacques NADEAU

La Maison Amélie-Fristel est habitée par les Sœurs des Saints Cœurs de Jésus et de Marie; à l’origine une école-pensionnat, l’endroit est aujourd’hui un centre d’hébergement pour les personnes à̂gées où vivent une quarantaine de personnes. La congrégation est aussi propriétaire d’une maison sur la rue Flamand; une douzaine de religieuses y résident. Quelques autres ont choisi de vivre hors- muraux en vue de la mission qui les y appelle.

En mars 2021, les Moniales bénédictines étaient accueillies à la Maison Amélie- Fristel. Les deux congrégations déménageront sous peu dans l’édifice Pax Habitat à l’intérieur duquel se trouvera leur nouvelle Maison bénédictine. Depuis le début des années 1900, ces deux communautés de religieuses ont marqué la vie joliettaine. Les religieuses de la Congrégation des sœurs des Saints Cœurs de Jésus et de Marie (SSCCJM) ont enseigné dans une quinzaine d’écoles primaires et secondaires de la région et ont donné des soins à des personnes âgées et démunies dans deux établissements mis sur pied et gérés par elles.

Implantées au sein de la vie joliettaine, les Moniales Bénédictines connues comme les «sœurs cloitrées» y vivent l’accueil, l’intercession et la louange au nom de l’humanité dans un environnement favorisant la paix et la contemplation.

S. Lise, Agathe et Cécile ont un parcours impressionnant à titre d’enseignante, d’infirmière, de femme impliquée dans la communauté. Rencontre avec trois femmes lucides et remplies de bonté.

S. Lise

Je n’ai jamais pensé à ma vieillesse pendant que j’étais dans l’action par-dessus la tête. Je vis chaque jour avec intensité. Je ne peux dire que tout est merveilleux, mais tant que le feu est là, ça va, quand il s’éteint, c’est plus pénible.

Vieillir, c’est un état qui se forge au fil des années. Si tu as commencé à vieillir comme il faut, tes chances de continuer heureuse dans la vieillesse sont plus grandes.

LA VIEILLESSE C’EST L’AUTOMNE DE L’EXISTENCE.

L’automne c’est la récolte, on est riche de tout ce que l’on a semé. À cette période de l’existence, il est bon de se départir de tout ce qui est superficiel pour aller vers l’essentiel. Ne pas être seule, vivre en congrégation aide beaucoup.

De façon générale c’est la joie qui m’habite. Savoir tôt dans la vie ce que nous voulons devenir y contribue. Dès l’adolescence j’ai senti que je voulais être religieuse et je n’ai aucun regret de cette décision. J’ai été heureuse dans les différentes étapes de ma vie.

LA VIE EST UN MOUVEMENT QUI NE S’ARRÊTE QU’AVEC LA MORT.

S. Cécile

Arrivée bientôt à 100 ans, j’ai le sentiment d’être encore jeune. Je ne peux pas dire que je suis en santé, mais j’ai de l’aide…ma marchette me permet de me déplacer comme je veux. Même si nous vivons une sorte de dépendance à cause de restrictions physiques, nous accédons à une certaine forme de liberté intérieure. Je m’occupe encore, je tricote des petites tuques pour m’amuser. Je continue, tout simplement.

Et puis la longévité a peut-être à voir avec la génétique: l’oncle de ma mère est décédé à 105 ans, disons que j’ai de la compétition… Je sais que je suis privilégiée d’être ici, avec des femmes que je connais et que j’aime.

Une personne qui vit dans sa maison et qui est soudainement déplacée, c’est terrible. Elle n’a pas ce qu’elle mérite. Je voudrais que toutes les personnes âgées puissent bien vivre leurs derniers jours, qu’elles ne soient pas forcées d’aller en résidence si elles désirent continuer à vivre chez elles.

S. Agathe

La vieillesse est une étape où on commence à délaisser certaines activités. Pendant 25 ans, j’ai accompagné des endeuillés. Récemment j’ai laissé ma place à d’autres.

Je m’aperçois que je suis moins capable physiquement et mentalement, mais je suis contente de constater que je peux encore partager mon quotidien avec celles qui en ont besoin.

Avant la pandémie, les gens se questionnaient plus ou moins sur la vieillesse.

JE TROUVE AUJOURD’HUI QU’IL Y A UN AVENIR POUR LES PERSONNES ÂGÉES.

Les malheureux événements qui ont eu lieu dans les CHSLD ont contribué à un certain éveil. Aurait-on, il y a 25 ans, réalisé un reportage comme celui que vous faites ?

IL FAUT ÊTRE CRÉATIF ET LUCIDE.

Avoir de la considération pour un être vulnérable, qu’il soit âgé ou non, est surtout une question de valeurs.

Mon grand-père est décédé chez-nous et c’est ma mère qui l’a enseveli. Elle avait 16 ans et s’est débrouillée pour garder les parents. Pour elle, aller chercher une pinte de mélasse pour grand-papa était aussi important que de faire un macaroni pour la famille !