Je préfère me souvenir des beaux moments plutôt que des périodes difficiles. Je ne m’y attarde pas.

PHOTOS : Jacques NADEAU

Yvan est musicien à ses heures, beaucoup d’heures. Il joue avec des amis, surtout l’automne et l’hiver. L’été il fait partie de deux groupes de randonnées en vélo. Il dira avec fierté qu’avec l’un deux, c’est le plaisir de monter des côtes qui l’anime!

Vieillesse

Pour moi la notion de vieillir est un peu difficile à intégrer. Je fais du vélo; à 60 ans je montais les mêmes côtes qu’aujourd’hui alors que j’en ai 74. La vieillesse ça se travaille, si tu t’y mets à 50 ou ? ans, de bonnes chances que tu seras en forme plus tard.  Je fais de la musique depuis que j’ai 15 ans et c’est bien mon intention de continuer tant que j’ai toute ma tête. Je lis, je vais à la pêche. L’hiver j’ai d’autres activités. J’aime m’occuper.

Perception

Je pense que ça dépend de nous. C’est sûr que si tu es enfermé chez toi, les gens ne sont pas portés à venir te voir.

Ça dépend aussi comment la personne âgée agit auprès des gens. J’ai 2 filles et des petits enfants, j’ai gardé un bon rapport avec eux. On fait des activités ensemble. L’image qu’ils ont de moi c’est un ami avec qui ils partagent les bons moments.

Les personnes âgées ont-elles la place qu’elles méritent?

Je pense au camp d’entrainement des joueurs de hockey qui a lieu en septembre. Ils sont 75 et essaient de mériter leur place. Le rythme est différent avec le temps mais faire sa place est de tous les âges. Tu la prendras ou on te l’accordera grâce à ton attitude, parfois à tes efforts pour soit aller vers l’autre.

Milieux de vie

Vivre en résidence ? Je ne sais pas comment je réagirais. Je regarde dans la région de Joliette, les Habitations Bordeleau, c’est rendu gros. C’est immense. J’ai une voisine qui sait qu’elle va se retrouver là. Elle a fait quelques visites et en revient toujours un peu déçue : le prix, les services offerts…certains dont elle n’a pas besoin et surtout, tous ces longs corridors…

J’ai un ami qui a fait un ACV il y a trois ans. Il a dû être placé. Lui et son épouse ont été séparés. Je suis allé le voir et c’est comme un hôpital, il a tous les soins nécessaires mais ça sent le peroxyde!

Si ma capacité diminue, je pense que je vais être assez lucide pour comprendre que c’est le moment de tourner la page. Mais avant de me retrouver dans une résidence il faudra que je n’aie plus d’énergie. Je ne voudrais pas non plus devenir un fardeau pour mes filles. C’est sûr qu’avant on gardait nos vieux à la maison, mais aujourd’hui c’est différent. Je vais me retrouver là où je dois être.

Ce qui est le plus difficile à vivre, peu importe où on habite, c’est la solitude, mais encore là on peut réagir. Par exemple, si tu en as assez de faire des casse-têtes, de regarder la télé et te bercer, pourquoi ne pas accepter un petit boulot? Ça change les idées, te fait rencontrer des gens, en plus on manque de main d’œuvre, ça rendrait service ! Tant qu’on est autonome et mobile, il y a plusieurs ouvertures à considérer.

Rétroviseur, regrets, souvenirs.

Je préfère me souvenir des beaux moments plutôt que des périodes difficiles. Je ne m’y attarde pas. J’ai vécu un divorce, ça n’a pas été facile.  J’ai de beaux souvenirs de voyages. J’ai fait le Chemin de Compostelle à 60 ans. J’y allais pour un mois seulement. J’ai rencontré des gens et j’ai continué pendant 58 jours et je me suis rendu jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle. J’ai fait du vélo en Italie, je suis allé au Pérou, j’ai travaillé bénévolement comme aide humanitaire au Guatemala. Et ça continue.